Chère lectrice, cher lecteur,
La sauce piquante est en plein essor en France, du moins est-ce ce dont nous assure le haut-parleur du gouvernement lui-même, à savoir BFMTV[1].
Après tout, les chiffres donnés par la chaîne sont éloquents : 50% de hausse en trois ans, ce qui est considérable !…
Tandis que la marque française mise en avant dans la rubrique filmée espère vendre jusqu’à un million de bouteilles par an…
Il est toujours sympathique de voir qu’il existe des entrepreneurs qui, comme Napoléon, pensent qu’impossible n’est pas français !
La raison ? La multiplication d’émissions télé comme Hot Ones, où l’on teste des piments de plus en plus forts, pour voir jusqu’où l’on tient. Si c’est pas mignon…
Bien sûr, les Français aiment suivre les modes, et encore plus quand elles sont exotiques ou avant-gardistes. Mais notez bien qu’on ne suit jamais une mode sans raison, et elles en disent toujours long sur notre société.
L’amour des épices ne date pas d’hier
Les Européens ont toujours été friands d’épices, et donc de piquant. Au point qu’en français, le terme épicé est peu ou prou équivalent de piquant…
Rappelons qu’au Moyen-Âge, on importait déjà les épices à qui mieux mieux, et on aimait beaucoup relever le goût des plats, qui étaient beaucoup plus chargés en épices que les nôtres.
C’est d’ailleurs, rappelons-le, pour les épices que les Européens sont allés faire le tour de la terre, et spécialement pour atteindre l’Insulinde (l’actuelle Indonésie) et les Philippines, où elles se trouvaient.
Fernand de Magellan, à peine l’Océan pacifique franchi, s’empressa de s’emparer d’une de ces riches îles et il y perdit la vie. Cela n’empêcha pas les Européens de toutes les conquérir par la suite.
Il faut dire que les épices ont un triple avantage : elles redonnent du goût à ce qui est fade, elles recouvrent le goût de la nourriture trop avancée, et enfin, elles sont antiseptiques et antibactériennes, ce qui garantit une certaine hygiène en cuisine.
C’est la raison pour laquelle elles sont un élément indispensable de la cuisine des pays chauds — et de l’Inde en particulier. Mais aussi de l’Europe préindustrielle, où les hivers longs et les gardes-mangers aux provisions faisandées rendaient les épices précieuses…
Jusqu’à ce que la situation s’inverse, assez récemment.
Le retour du piquant qu’on attendait tant
Ce XXème siècle qui nous intimide encore, restera peut-être, rétrospectivement, comme celui du réfrigérateur !
Et si l’on continue à utiliser du poivre presque quotidiennement, notre alimentation a beaucoup changé et n’a plus rien à voir avec la cuisine d’Ancien Régime…
L’alimentation épicée est donc devenue pour nous l’apanage de la nourriture exotique, spécialement celle des tropiques, où la chaleur rend la conservation toujours plus compliquée.
Mais ces dernières années, avec le développement d’une nourriture trop facile à préparer (plats tout faits, micro-ondes, conditionnements frais), le piquant avait pour ainsi dire disparu de la nourriture occidentale.
Il était devenu presque impossible de trouver une moutarde qui pique un peu : le piquant s’opposait au facile et le facile gagnait partout.
Cela est d’autant plus étonnant de voir, lors de l’émission de BFM que je vous mentionnais plus haut, que les présentatrices féminines étaient les plus tentées par la nourriture piquante. Alors qu’on associe généralement la consommation féminine à la douceur…
En fait, si notre nourriture est bien mieux conservée qu’avant (et beaucoup moins risquée…), elle est devenue ennuyeuse, sans surprise et… pas sexy. C’est à mon avis la véritable raison du retour du piquant.
La virilité perdue, mais aussi la surprise
Commençons par la surprise : il y a désormais une injonction, si ce n’est un impératif à manger le plus sain possible. À un point quasiment devenu contre-productif !
En effet, si on mange sain, c’est justement pour éviter de se tourmenter sur la qualité des aliments. Mais si on se tourmente, qu’on s’enlève le plaisir, et que l’on n’arrive quand même pas à chasser l’angoisse d’éventuels problèmes de santé — quel intérêt ?
Manger doit rester un plaisir, pas une simple recharge nutritionnelle. Et le problème de voir la nourriture comme quelque chose de seulement utilitaire, c’est qu’on en perd le goût, qui devient secondaire.
Mais après tout, que les pays anglo-saxons nous promeuvent une vie austère, avec une nourriture quasiment monacale, reste dans la lignée de la tradition protestante dont les pays du nord de l’Europe peinent à sortir…
D’où, depuis quelque temps, ce retour du piquant, ne serait-ce que pour relever les plats et égayer le quotidien.
De plus, les épices sont quasiment toutes aphrodisiaques. La résistance au goût piquant a également un petit côté viril…
Dans une société où le mot « patriarcat » a pris une connotation diabolique, le piquant prend alors une dimension subversive — on est dans l’interdit, presque dans le fantasme !
C’est aussi, hélas, un cache-misère…
Notons cependant, pour ne pas non plus nous pâmer d’extase, qu’il n’y a pas que les injonctions à manger sain qui ont banalisé la nourriture insipide.
Si vous n’achetez pas bio, il est désormais compliqué de trouver des fruits et des légumes qui ont du goût… à moins d’avoir vos propres « plans ».
Donc le piquant est aussi devenu un cache-misère : devant une nourriture qu’il faut de plus en plus mélanger pour obtenir des saveurs inédites — c’est la raison du succès des sandwichs et des hamburgers — le piquant rappelle que manger, c’est une expérience en soi.
Puisque nous vivons de plus en plus seuls et que nous peinons à trouver le temps de cuisiner, nos repas tendent à se ressembler de plus en plus. La variété, ça demande des efforts !
Rappelons donc, à ce titre, que le piquant n’est pas la réponse à tout, et qu’à en abuser, on peut aussi connaître quelques problèmes intestinaux, à plus ou moins long terme.
C’est un plaisir en soi, pas une solution à tous nos problèmes de menu !
Enfin, n’hésitez pas à varier les plats, ça en vaut toujours la peine. Et le piquant reste une dimension qui mérite d’être explorée… petit à petit.
N’hésitez pas à me donner votre avis et à me faire part de votre plat piquant préféré !
Louis Volta
Je recommande les épices pimentées MARTIN, délicieuses et très variées.
Je n’ai rien contre le piquant puisque je l’utilise régulièrement, notamment pour consommer certains aliments que je n’affectionne pas trop. Mais ma cuisine basique est tout sauf insipide. Oui, je mange des produits sains, à savoir non périmés, mais j’incorpore presque systématiquement ail, oignon et poivre et aromates + autres (jus de citron ou vinaigre). C’est certainement une question de culture européenne et de transmission familiale. Chaque culture produit une cuisine différente et c’est là toute la richesse de notre monde. J’adore voyager pour notamment goûter autre chose. L’ouverture d’esprit et la curiosité sont plus efficaces que les émissions à la mode sur tel ou tel sujet unique, qu’on oublie une fois la mode passée.
Et le piquant fermenté qui double la panoplie disponible et l’enrichie.
Facile à faire et sans danger.