Chère lectrice, cher lecteur,
Entre le 6 et le 9 novembre dernier a eu lieu le salon du Made in France à Paris.
Bien sûr, rien que le titre est une défaite, une concession déjà lourde à l’américanisation du pays.
L’événement a néanmoins été relayé, notamment sur BFM-RMC, qui nous ont gratifié de quelques remarques sur la consommation de vêtements de nos compatriotes[1].
Il y aurait 5 vêtements sur 6 de votre garde-robe que vous ne porteriez même pas une fois dans l’année.
Et pourtant, durant ce laps de temps, vous avez (d’après les statistiques !) acheté en moyenne 10 kilos de vêtements. La part des dépenses n’a pas augmenté, mais le volume, lui, a crû énormément.
Toujours d’après cette même émission, nous apprenons que 100 % des Français interrogés ont cédé aux sirènes de la fast fashion à un moment ou à un autre de l’année… Est-ce votre cas ? N’hésitez pas à me le dire dans les commentaires.
Alors une question vient aux lèvres des journalistes : pourquoi n’achetez-vous pas plus français ? — parce que c’est cher. Pourtant, nous objecte la chroniqueuse, une marque comme le Slip français aurait réduit ses prix de 50 € à 18 € l’article.
Cela reste quand même fort cher pour un si petit morceau de coton !
140 ans de platitudes
Dans son roman La Terre (1887) Émile Zola parlait déjà de l’effroi des agriculteurs français devant les immenses productions vivrières américaines.
En fait, une économie, ça se protège. Nous le savons en France depuis Jean-Baptiste Colbert, qui n’est pas décédé hier, loin s’en faut.
Si nous voulons que l’économie française fonctionne, il faut protéger le marché français, favoriser la production française, ce qui fera augmenter le niveau de vie des Français et leur capacité à acheter les produits locaux.
Car il ne sert à rien d’importer des produits à bas coût si votre pouvoir d’achat dégringole.
Au contraire, on retrouvait déjà dans le fordisme, l’organisation du travail la plus efficace durant l’entre-deux-guerres, l’idée que les ouvriers d’une industrie peuvent et devraient également être ses premiers clients.
Les problèmes ne surviennent qu’une fois tout le monde bien équipé…
Alors on cherche à conquérir les marchés des autres, et pour cela, on ouvre le sien. Jusqu’à ce que les travailleurs locaux ne soient plus compétitifs et que la demande intérieure s’effondre.
C’est à ce stade que nous en sommes : nous ne pouvons plus acheter que des babioles sur internet, et les produits neufs sont de plus en plus inabordables.
On vous encourage même à louer plutôt qu’à acheter ! Notez que pour les sous-vêtements, ce n’est pas recommandé… Pour le reste non plus, d’ailleurs, car personne ne prend vraiment soin d’un produit qui n’est pas à lui.
Mais on voudrait vous faire croire que c’est la marche du monde qui veut ça. « Vous n’aurez rien et vous serez heureux », nous prophétisait Klaus Schwab. Non, vous n’aurez rien et vous ferez semblant d’être heureux, parce que vous n’aurez même plus les moyens de vous plaindre !…
La fracture sociale et un autre mode de vie
Déjà, en 1995, Jacques Chirac avait fait toute sa campagne sur la « fracture sociale ». C’est devenu une telle évidence désormais, qu’il paraît impossible de revenir en arrière.
Et on le voit bien avec le Made in France : il y a ceux qui peuvent envisager de l’acheter, ceux qui peuvent le convoiter en économisant, et ceux — désormais la grande majorité de la population — pour qui il est inatteignable.
Cependant, il est un Made in France qui reste tout à fait abordable, et c’est naturellement le retour au « fais-le toi-même » et à l’artisanat.
Il va sans dire qu’il jouit d’une faveur particulière (voire d’une authentique ferveur) chez les amateurs de folklore et de reconstitutions historiques !
Le goût de l’ancien revient à la mode
J’ai ainsi vu, au cours de mes pérégrinations dans les festivals folkloriques, bien des exposantes qui savaient confectionner elles-mêmes les magnifiques robes qu’elles vendaient, tandis que leurs maris arboraient les ceintures et les sacs qu’ils avaient fabriqués.
L’appétit pour la ferronnerie et la forge est lui aussi redevenu assez vif dans les campagnes. Mais cela implique une mise en valeur du patrimoine ancien, très inégale selon les régions.
En Italie, par exemple, il n’est pas une petite ville qui n’ait sa fête médiévale où l’on célèbre les arts du passé et la vie « à l’ancienne ».
Et bien sûr, vous retrouverez cela en France dans certaines régions particulièrement fières de leur patrimoine, comme en Alsace ou en Bretagne.
Même sans se donner des airs médiévaux, ma grand-mère cousait ses propres robes dans les années 1960, avec les patrons qu’elle trouvait dans les journaux ! Vous pouvez retrouver ces patrons et les journaux qui les contenaient dans les brocantes et les vide-greniers, sans trop de difficultés.
À une époque où l’uniforme de travail, ce sont des chaussures de sport qui cassent le dos, des pantalons troués et des vestes informes – il n’y a plus de bizarrerie, il n’y a que des qualités diverses.
Le « faites-le vous-même » est à votre portée
Il vous suffit de vous rendre sur YouTube pour voir que l’artisanat à la maison est en pleine explosion, favorisé par le prix de plus en plus élevé de produits de pacotille… Il vous suffit de vous rendre sur le site Etsy pour vous en rendre compte.
Cet artisanat se couple remarquablement bien avec le télétravail, qui permet de s’installer dans les petites villes ou à la campagne, où il y a plus d’espace pour avoir son atelier.
Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il y a encore vingt ans, tout ce qui était artisanal relevait du secret de fabrication qu’on se passait de père en fils, ou de maître à disciple. Désormais, tout est disponible ouvertement.
Et il était temps, car pour chaque atelier qui ferme, ce sont des pans entiers de savoir-faire ancestral qui disparaissent, souvent pour toujours. Un orfèvre m’en fit d’ailleurs part à propos d’un bijou qu’il m’a vu porter.
Il est donc vraiment temps que l’artisanat français reprenne du poil de la bête. Mais il ne tient qu’à vous de cultiver ce savoir-faire en commençant par vous initier grâce aux réseaux sociaux, qui regorgent de méthodes et d’explications, réalisées par des gens souvent brillants et parfois même un peu pédagogues.
Il n’a donc jamais été aussi simple, avec un peu de persévérance, de parvenir à des résultats auxquels seuls les gens très doués arrivaient jadis — parce qu’ils étaient les seuls à comprendre une technique qu’on enseignait à la dure et à un nombre très limité d’apprentis.
Ce retour de l’artisanat accessible à tous me paraît être la meilleure façon de contrer une conjoncture industrielle qui, en l’absence de fermeté, nous sera toujours plus défavorable.
Et vous, avez-vous déjà fabriqué un objet de vos propres mains ? En avez-vous l’envie ? N’hésitez pas à me répondre dans les commentaires.
Louis Volta