Chère lectrice, cher lecteur,
Le premier sujet de préoccupation des Français, désormais, c’est la consommation. Vous l’avez assez vu avec les scandales Shein du mois dernier.
Après l’entrée de la mode exploiteuse dans un grand magasin parisien, après les poupées pédocriminelles et les armes à feu disponibles en un clic, nous avons désormais le scandale des petits colis.
Le 6 novembre dernier, le gouvernement s’est rendu lui-même à l’aéroport de Roissy pour assister à une ouverture de la totalité des colis provenant de la plateforme de vente Shein[1]. Les découvertes ont été… intéressantes !
Une goutte d’eau dans un océan de déficit
Apparemment, même s’il n’y a pas de chiffre exact, un grand nombre de ces produits ont été détruits, pour être inconformes aux règles de l’union européenne, ce qui peut être (entre autres) particulièrement dangereux pour les enfants lorsqu’il s’agit des jouets, comme on le voit dans le reportage[2] qu’y a consacré TF1.
Le gouvernement a donc décidé de mettre la pression sur Shein, car c’est à peu près tout ce dont ils sont capables en termes de politique.
Il est en effet impossible de rompre les accords de commerce avec la Chine, du moins sans dénoncer de facto les traités européens et se mettre en marge de l’Organisation Mondiale du Commerce, tout entière créée pour favoriser l’industrie chinoise et les entreprises américaines.
Ainsi, la ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin, pour boucler l’imbouclable budget 2026, a poussé au vote d’une loi imposant 2€ de taxe sur les petits colis venant de Chine. Celle-ci a été votée mercredi 19 novembre[3].
Cette taxe rapportera une goutte d’eau en comparaison de l’immensité du déficit public (un demi-milliard contre 124,4 milliards d’euros[4]). Mais surtout, cette taxe ne servira à rien dès lors que Shein, comme Amazon, décidera de créer ses propres centres de tri sur le territoire français.
La marque criminelle pourra peut-être même continuer à mener les mêmes pratiques, même si la DGCCRF y trouvera à redire… Le résultat pour l’économie française sera pourtant exactement le même.
Un passéisme qui n’a plus de sens
La grande distribution, jadis symbole d’une France de l’abondance, est devenue le symbole d’une France qui s’est appauvrie. Les supermarchés ne sont pas un lieu de joie, ce sont des lieux de plus en plus tristes, et de moins en moins humains, à l’image du reste de la société.
Il n’y a même plus ce peu de contact humain que représentait le fait d’échanger quelques mots avec la caissière, avec une tendance de plus en plus accusée à les remplacer par des robots.
Cela s’est aussi vu avec l’essor du drive dont je vous ai parlé dans une lettre précédente. Or on n’évite pas un lieu où l’on aime aller. Les centres commerciaux sont de plus en plus vides et ils ne servent souvent plus que de bâtiments pour abriter un hypermarché en déliquescence, où le relâchement vestimentaire de la clientèle comme du personnel est témoigne du désespoir ambiant.
Là-dessus, vous avez la puissante publicité d’internet qui vous vend le « Black Friday », c’est-à-dire une journée de promotion nécessaire entre la rentrée et Noël, pour que vous y trouviez une raison d’acheter. Les baisses de prix sont certainement fausses, de même que les articles vendus en solde sont assez systématiquement conçus à cette occasion et donc de moindre qualité.
Mais comme tout est fabriqué à l’étranger, il est difficile de savoir comment. On ne peut que comparer avec d’autres produits, eux aussi seulement visibles sur des sites internet… avec des photos beaucoup plus qualitatives que les articles en question.
En bref : nous sommes perdus. Le consommateur n’a plus de référence. Il n’a de choix qu’entre l’ignorance assumée ou la méfiance généralisée. Mais là n’est pas le pire, car le système économique actuel, pour être très pratique, lui est très défavorable…
Il est où le travailleur, il est où ?
Le système économique français est en train de s’effondrer, mais les Français ne s’en rendent compte qu’à travers la consommation. Pourquoi ? Parce que c’est la seule lorgnette qu’on leur a laissée, la seule réalité tangible qui n’est pas trucable :
- Nous sommes coincés entre des grandes enseignes américaines comme Amazon, qui rendent des services considérables qu’aucune entreprise française n’arrive à égaler, à savoir donner un choix quasiment illimité. Ceci profite aussi bien au rural qui devrait passer des heures à chercher le bon outil, qu’à l’urbain qui devra faire le tour de la banlieue pour se procurer le même article.
- Nous sommes submergés de produits chinois qui n’ont désormais plus aucun équivalent en France, car les normes font que l’on n’a même pas le droit de les fabriquer, ou qu’il est impossible de les fabriquer à un prix rentable. Mais vous avez le droit de les acheter et de donner votre argent à la Chine…
- Nous faisons rentrer des centaines de milliers de consommateurs en France venus de pays pauvres (au moins 500 000 par an[5]) justement pour qu’ils consomment avec la redistribution sociale. D’ailleurs, les publicités cherchent précisément à viser les populations les moins aisées, et donc les moins regardantes sur la qualité des produits.
De mois en mois, ça empire
Résultat ? Nous avons un déficit abyssal : la France dépense beaucoup plus d’argent qu’elle n’en fait rentrer, parce que l’économie de service ne produit pas de richesses, contrairement à une industrie que l’on a éliminée. L’économie française s’écroule.
Il suffirait pourtant d’arrêter de jouer le jeu de la concurrence mondiale, qui n’est pas un jeu et qui n’a rien de drôle.
Car nous voyons bien que nous pourrions faire aussi bien qu’Amazon, mieux que Shein, et que recréer des emplois industriels serait beaucoup plus sain pour l’économie comme pour la cohésion sociale que d’importer des consommateurs par millions.
Mais il y a une France, proche du pouvoir et des médias d’information, précisément celle qui nous gouverne, qui profite de ce système et qui entend faire en sorte qu’il dure aussi longtemps que possible, même quand le pays n’en peut mais.
La taxe sur les petits colis n’est qu’un énième pansement sur une jambe de bois. Le problème est que la gangrène court toujours, et que c’est tout le système de redistribution sociale qui, en fin de compte, sera abattu. Retraites comprises…
N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et si vous pensez que je me trompe, je serai heureux de lire votre avis.
Louis Volta