Chère lectrice, cher lecteur,
Cela ne manque pas : chaque fois que je me rends dans une célèbre enseigne culturelle, on me demande si j’ai la carte de fidélité. Je dois vous confesser que cela m’horripile.
Un jour, devant une caissière un peu plus motivée pour m’inscrire à son « programme de fidélité » (elles doivent toucher un peu de sous à chaque inscription, je devine), j’ai décidé de me révolter.
J’ai ainsi répondu que, malgré mon affection indéfectible pour l’enseigne en question, je ne tenais pas à m’engager. Que la fidélité « ce n’est pas mon truc ».
Regard naturellement horrifié de la vendeuse. J’étais tout sourire !
Non mais ho ! Il faudrait des brevets de moralité quand vous allez acheter des écouteurs ! Et puis quoi encore ?
La fidélité, ça se mérite !
D’ailleurs, dans les rapports humains, elle impose une assez stricte étiquette, convenez-en.
Il en va de même en entreprise, dans le milieu associatif ou en politique. On ne vous demande pas (contrairement au Japon, jadis) de chanter l’hymne de votre employeur en arrivant au bureau le matin.
En somme, vous chantez quand vous avez envie de chanter, et vous vous réinscrivez quand ça vous chante.
Mais les grandes enseignes, quand elles vous accueillent dans les cathédrales qui leur tiennent lieu de points de vente, cherchent à tout prix à faire de vous des « clients privilégiés ».
Si vous avez plus de 18 ans et un cerveau en état de marche, vous savez comme moi ce que cela signifie…
Cela vous oblige, pour conserver vos « avantages », à vous rendre régulièrement dans cette enseigne, même quand vous n’en avez pas besoin, pour faire des achats bien peu nécessaires.
Bien sûr, cela peut valoir la peine quand l’enseigne en question propose des produits de qualité, avec en plus un service impeccable et un rapport qualité/prix hors du commun…
Hélas, trois fois hélas ! En cette période d’inflation, il y a toujours quelque chose qui laisse à désirer…
Et on a moins envie que jamais d’être fidèle à une enseigne en particulier, surtout quand la gestion des lieux peut décliner d’un mois sur l’autre.
Notez que ça n’empêche pas les grandes enseignes d’insister en ce moment plus que jamais pour vous abonner, vous fidéliser… bref, vous enrégimenter.
Ce n’est pas comme si ça ressemblait à du chantage !…
Le grand luxe perdu
Il se trouve que les grandes enseignes, naguère, profitaient d’une assez bonne réputation, nourrie par les Grands Magasins dont le luxe était la référence en termes de consommation.
Désormais, ces Grands Magasins (BHV, Samaritaine, Printemps…) sont devenus trop chers pour être accessibles à la clientèle ordinaire.
Et même les habitants des centres-villes s’y rendent à reculons par crainte d’y perdre leurs économies…
Résultat : ces références sont soit peuplées de touristes fortunés (quand ils daignent venir dans un pays de moins en moins sûr et agréable…), soit elles périclitent purement et simplement.
C’est ainsi que le quartier de la Madeleine, à Paris, jadis dédié au luxe, est devenu un quartier en toc, où l’on va désormais acheter des meubles Ikea.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que le luxe soit remplacé par cette marque qui a juste assez effacé le style pour faire oublier le déclassement généralisé de la société.
Mais le déclin des grandes marques de luxe n’est pas la seule cause de défiance vis-à-vis des « programmes de fidélité ». Car il fut un temps où ils étaient aussi particulièrement pervers, et nous ne l’avons pas oublié…
Du crédit usuraire au téléphone rose
En effet, il y a eu un petit souci avec les premières « cartes de fidélité » qui étaient en fait des cartes de crédit à la consommation dont les taux pouvaient assez facilement devenir usuraires.
Ainsi, il n’était pas rare, durant les années 1990, de voir des membres de sa propre famille perdre tout ou partie de leurs économies pour s’être un peu laissés aller à faire « chauffer » leur carte de fidélité[1].
Par conséquent, depuis cette époque, les consommateurs sont devenus beaucoup plus frileux sur les avantages que proposent les grandes compagnies à leurs clients préférés.
Sans compter que les « programmes de fidélité » actuels s’accompagnent désormais d’une pluie de pourriels et d’une revente assez systématique des données personnelles du consommateur…
En somme, vous prenez la carte « bidule » et vous vous retrouvez harcelé au téléphone soir et matin pour savoir si vous voulez acheter du vin, des fenêtres, ou je ne sais quoi. Quand il ne s’agit pas d’arnaques ou de téléphone rose…
Déjà que l’État est devenu incapable de protéger vos données, n’allez pas croire que les grosses entreprises ne se laisseront pas pirater pour quelques sous…
Vais-je moi aussi me laisser avoir ?
Je dois vous le concéder : je reste foncièrement hostile à cette idée de me faire « fidéliser » (entendez : « vassaliser ») par une grande entreprise de distribution — et ce, même si j’ai moi aussi, comme beaucoup d’entre vous, mes marques de référence.
J’ai été quelque peu étonné quand j’ai vu que le géant Amazon (l’expression est devenue proverbiale…) proposait désormais des articles à prix réduit dès lors que vous décidiez d’un renouvellement régulier des achats de ces produits.
À moins de gérer un immeuble, un entrepôt ou une colonie de vacances (et in extremis, une famille nombreuse, ce qui devient rare…), je ne vois pas vraiment l’intérêt de commander des brosses à dents toutes les semaines, ou des ampoules tous les mois.
D’autant que les prétendues économies sont faibles, dépassant rarement 5%… et tout ça pour vous retrouver avec des livraisons qui cassent votre emploi du temps, des stocks qui s’accumulent, toute une logistique bien encombrante.
Le vendredi noir de l’intelligence
En ce moment, toutes les grandes enseignes proposent des programmes de fidélité. Mais l’inflation rattrape en quelques mois tous les avantages qu’ils vous proposent. Il s’agit donc d’économies de bouts de chandelles…
Il faut se demander, dans tout système de « fidélité », si au final les « craquages » auxquels vous vous abandonnez occasionnellement ne vous coûtent pas plus cher que les économies que vous êtes censé faire tout au long de l’année.
Nous avons bien vu, depuis qu’existe cette hérésie mercantile qu’est le « Black Friday », que de telles bacchanales servent surtout à vous faire acheter des objets de basse qualité dont vous n’avez absolument aucun besoin…
Et encore, il est bien des prix qui, comme lors des soldes, sont tout simplement factices — quand ce n’est pas la qualité qui est abaissée pour correspondre au prix de vente « exceptionnel » !…
Alors, je me dis que le meilleur moyen de faire des économies reste d’acheter des produits de la meilleure qualité possible le moins souvent possible. Au diable les programmes de fidélité !
Et au diable la carte de crédit, qui masque la réalité des dépenses…
Dites-moi ce que vous en pensez — au plaisir de vous lire !
Louis Volta
comme c’est bien dit. ca résume ce que je pense. le black friday ! qui dure combien de jours maintenant ,
Je ne dirai qu’un mot « bravo ». Il faut que ces choses-là soient dites car c’est la réalité de fond, même si cela permet sur le terrain quelques petites économies quand c’est bien géré, ce qui reste compliqué….
ces cartes de fidelités ne m’intérèssent pas du tout ca elle ne sonts que pour nous rouler…………………a+…………BP
Bonjour,
L’article est un peu long. Je n’ai pas tout lu mais j’ai saisi l’esprit de contestation que vous manifestez. Je ne partage pas, peut-être à tort, vos revendications. En effet, les cartes de fidélité me font faire de menues économies , toujours appréciables. Puis, quand la date de mon anniversaire approche je reçois des invitations pour des réductions, 5 euros ou plus, sur l’article de mon choix.
Alors, je ne boude pas les cartes de fidélité.
Cordialement.
Bonjour, Je suis tout-à-fait d’accord avec vous. On est constamment sollicité pour faire « de bonnes affaires » qui en sont rarement et qui nous encombrent la plupart du temps. Et j’avoue que de plus en plus je suis réticente à laisser mes coordonnées trainer partout quand on voit ce qui en est fait entre les piratages de toutes sortes et les utilisations pour nous embêter sans cesse au téléphone. Je ne m’occupe plus des soldes qui souvent n’en sont pas réellement et achète ce dont j’ai besoin et c’est tout !!! J’ai l’impression qu’on est des proies à la portée de tous les chasseurs de « picaillons »… Merci pour vos lettres.
Vous avez parfaitement raison. Je ne suis pas assez riche pour me permettre d’acheter de mauvais produits, ceux qui encombrent les sites d’enfouissement après peu de temps.
Bonjour
Assez d’accord sur votre propos. Cependant j’utilise la carte de fidélité grandes enseignes principalement pour éviter l’émission d’un ticket de caisse et pourvoir retrouver mes achats sous forme dématérialisée sur mon espace personnel. Et la CF de ma petite coiffeuse me permet d’être coiffé gratis tous les2 mois.
Bonjour,
Bienvenue au Club des non porteurs de carte de fidélité, encore une belle arnaque pour consommer plus, où fidélité rime avec obligations.
Les caissières sont tenues de faire passer la consigne, un simple « non » avec le sourire suffisent quand on ne veut pas entrer dans le système.
Pas complètement d’accord avec vous, il y a des enseignes notamment alimentaires, chez qui de toutes façons vous allez régulièrement qui vous « offre » des points qui se transformeront en cadeau de produits de l’enseigne. Je n’appelle pas ça fidelisé car si les denrées ne me plaisaient pas je n’irai pas. Idem chez mon épicier, je suis ravie que de temps en temps il me déduise quelques euros que ma carte de fidélité m’a rapporté. Là encore si il n’a pas ce que je cherche, je vais ailleurs. Mais comme il est proche de chez moi, on est gagnant/gagnant.
Un cas où c’est intéressant.
Bonjour,
Je me méfie des cartes dites « de fidélité » sur les smartphones. Faire communiquer mon téléphone avec une machine « tiers » n’est pas pour me rassurer. Quelles informations sont échangées ? Qui dit que mon répertoire n’est pas ainsi téléchargé dans un système qui inondera mes correspondants de pubs ? Ainsi, je n’ai pas LIDL’Plus malgré les offres souvent attractives. Ma vie vaut plus que ça. Bien qu’à chaque fois, la caissière me dit: » Mais c’est gratuit ! », je n’oublie pas que si c’est gratuit, c’est que le produit, c’est moi !