Faux avis sur Internet : indigestion garantie

Chère lectrice, cher lecteur,

L’année dernière, en vacances, je me suis retrouvé dans une position éminemment indélicate.

Il se trouve que j’avais promis un week-end de rêve à ma dulcinée, de ceux pour lesquels on cache la destination jusqu’au dernier moment, et où on l’emmène à l’aéroport les yeux bandés…

Nous étions donc partis pour Rome, la ville éternelle, et même la Ville avec un grand V, comme l’appelaient les Romains de l’Antiquité.

Mais ma dulcinée est intolérante au gluten, donc le petit-déjeuner du matin… on oublie.

Et la journée s’annonce chaude, brûlante. On boit beaucoup, on se déminéralise, on se draine même…

Résultat : quand sonne l’heure du déjeuner, nous voilà sous le cagnard comme on dit, dans cette ville où l’ombre est rare – et surtout, dans l’un des quartiers les plus touristiques ici-bas :

Le Colisée.

La lutte pour la vie commence

Je dois admettre qu’il y avait là quelque chose de symbolique… Car nous commencions à vivre des moments de lutte intense avec la chaleur, la soif et, pour ma compagne, la faim.

Je rentre dans la station de métro de la ligne B, où les vendeurs, me voyant en nage, m’adressent de larges sourires : ils savent que je paierai n’importe quel prix pour une petite bouteille d’eau minérale !

Mais je ne vais pas leur en tenir rigueur, j’ai autre chose en tête, car je vois ma compagne pas loin de tomber dans les pommes. 

« Il faut qu’on mange » lui dis-je. Elle me répond par un hochement de tête épuisé. Me voilà dans une situation critique : je n’ai d’autre choix que de recourir à Google Maps !

Erreur. Ça m’apprendra à oublier mon guide à l’hôtel…

L’impréparation se paie, surtout en vacances

J’étais venu à Rome plus jeune, j’y ai même un peu vécu. J’en avais un autre souvenir.

À l’époque, cette ville secrète gardait encore, au milieu du centre-ville, des petites poches (un peu plus) populaires.

Il y avait des adresses pour les étudiants désargentés, on pouvait encore bien y manger ici ou là – les locaux vous donnaient leurs « bons plans ».

Sans compter que la visite de beaucoup de monuments, comme le Panthéon par exemple, était gratuite.

Mais Rome a été rattrapée par la pandémie. Tout est devenu payant, les loyers ont flambé. Ce qui a poussé les restaurants, plus que nulle part ailleurs, à augmenter les prix et à réduire la qualité de la nourriture.

Le centre de Rome n’est donc plus une ville au sens que l’on peut donner usuellement à ce terme : c’est un parc d’attraction.

Mais au moins, les parcs d’attraction sont sûrs, et vous n’avez pas grand-chose à en craindre… 

Je n’avais pas vu que le danger viendrait de nos assiettes !

4,3 étoiles, mazette !

Vous le savez peut-être, mais sur l’application de géolocalisation de Google, Google Maps, les établissements sont notés de 0 à 5 étoiles.

L’inconvénient premier de ce système de notation est que personne ne fait a priori confiance à un produit ou à un service qui a reçu moins de 4 étoiles.

Donc il s’agit de tricher un maximum, évidemment. Et les Italiens sont tellement forts à ce jeu qu’ils ont fini par lui faire perdre tout intérêt…

Mais moi, en toute innocence – et pas loin de la panique aussi – je n’avais pas vu venir l’entourloupe !

Je vois que les restaurants autour du Colisée sont bien notés (entre 4,1 et 4,6 étoiles !). Je me dis : la montée des loyers aura écrémé les médiocres…

C’était plutôt le contraire : elle a écrémé tous ceux qui aimaient à peu près leur travail…

Quand je vois arriver mon plat de pâtes surcuites et l’escalope de poulet étique de ma compagne, je comprends enfin :

Ces restaurants entretiennent des partenariats avec tellement de tour operators que chacun d’entre eux doit leur mettre la note maximale !

La ville la moins gourmande d’Italie

Cette avalanche de bonnes notes et de compliments permet aux restaurateurs de compenser grâce aux touristes des pays où l’on a un peu de goût pour la nourriture.

A commencer par les Italiens eux-mêmes qui, dans n’importe quel autre endroit du pays, auraient eu une discussion musclée avec le patron au vu du rapport qualité/prix.

D’ailleurs, c’est simple : c’est à Rome qu’on mange aujourd’hui le plus mal en Italie…

Pourtant, je le vois bien, les serveurs sont sympathiques, et je discute même un brin avec la tenancière : ce ne sont pas des arnaqueurs. Il s’agit simplement des nouveaux standards du tourisme.

Reste que l’assiette qu’ils me servent est, gustativement, proche de l’immangeable. Pour ma dulcinée, elle avale du bout des lèvres un morceau de caoutchouc…

Nous qui étions affamés, nous nous forçons à terminer nos assiettes pour trouver assez d’énergie pour arpenter la grande arène non loin. Au moins, à l’étage, il y a un peu d’ombre.

Hélas, nous n’y sommes pas restés bien longtemps…

Une fin d’après-midi sur les chapeaux de roue

Tout ce que nous avons mangé, quoique très cuit, n’est pas resté bien longtemps dans notre système digestif.

Et cela montre aussi le problème de ces systèmes de notation, qui devraient reposer a priori sur une certaine honnêteté du public comme des entreprises.  

Cependant, comme j’ai aussi pu le constater un jour en tenant moi-même une entreprise, vous subissez inévitablement ce qu’on appelle des « trolls ».

Il s’agit de jaloux qui n’aiment pas ce que vous faites ou qui n’ont d’autre joie dans la vie que de voir les autres échouer, surtout là où ils n’osent même pas entreprendre.

Pour cela, si vous êtes vendeur, il faut donc compenser par des bonnes notes, et l’entourage est souvent mis à contribution… mais ça ne suffit pas.

D’autant que les clients qui connaissent des problèmes logistiques notent le circuit de distribution plutôt que la prestation ou la marchandise elle-même.

En somme, vous vous retrouvez avec beaucoup de notes parasites, quand ce ne sont pas directement celles de la concurrence, qui en profite pour vous mettre le coup de pied de l’âne.

Hors-la-loi ? Peuvent-ils faire autrement ?

Tout cela incite fortement les entreprises à tricher, même si la publication d’un faux avis est considérée comme une pratique commerciale trompeuse, passible en France de deux ans de prison et de 300 000 euros d’amende !

Cela ne dissuade en rien les entreprises, comme ces restos à touristes, de trouver leurs propres combines. Il en existe un certain nombre d’ailleurs.

L’une d’elles consiste à vous faire envoyer, si vous êtes client, un produit gratuit, afin que vous laissiez un avis parfait[1].

Une autre consiste à avoir recours à des entreprises de pays en développement… et à prier pour qu’elles tiennent leurs engagements de mettre des fausses notes !  

Quant à certaines grandes plateformes, d’ailleurs pointées par les médias pour leur mauvaise gestion des commentaires frauduleux, elles ont longtemps laissé n’importe qui écrire des avis sur n’importe quel établissement, ce qui ouvre grand la porte aux faux témoignages…

On se souvient ainsi de l’histoire du meilleur restaurant de Londres… qui en fait n’avait jamais existé, sa seule réputation étant gonflée par des faux avis.

Et si ma tante avait raison ?

Quelques temps plus tard, je me retrouve à l’anniversaire de ma tante, ce qui est toujours l’occasion pour moi de prendre conseil auprès de mes aînés… Mais je n’imaginais pas qu’ils m’en donneraient sur « l’internet ».

Nous parlions d’un nouveau restaurant qu’un cousin éloigné avait ouvert, et je me suis, machinalement, mis à regarder les notes qu’il avait.

Et là, ce fut à ma tante de me dire : « Ne t’y fie pas, ils se débrouillent trop bien avec Internet. »

Cette phrase m’a laissé pantois. Ces mêmes aînés qui me disaient il y a 4 ou 5 ans de regarder surtout les plus mauvais avis pour me faire une idée sur un produit ou un établissement, m’incitaient désormais à m’en abstenir.

C’est qu’il ne peut y avoir de système de notation objectif : c’est la loi du plus malin (si ce n’est du plus riche) qui prévaut.

D’autant que l’esquive de la notation est elle aussi accessible aux entreprises qui y mettent les moyens…

Sur Amazon, une entreprise chinoise de matériel électronique mal notée disparaît vite, remplacée par une autre… de la même usine, visiblement. En tout cas, elle vend des produits strictement identiques, avec des noms de marque aussi imprononçables qu’interchangeables.

Arrêter la notation, vous n’y pensez pas…

Pour ma part, je vous dirais bien qu’il serait préférable d’arrêter les notes, de les rendre hors-la-loi, mais cette manière de faire est rentrée désormais dans les mœurs, et elle impacte directement votre santé.

Par exemple, si vous voulez recourir à une clinique privée, il est improbable que vous ayez les contacts suffisants pour savoir si sa spécialisation dans tel domaine médical particulier est à la hauteur de ses prétentions.

L’avantage des systèmes de notation est qu’ils permettent quelques fois aux entreprises – notamment dans le domaine de la santé – de répondre directement aux clients.

Et ce genre de petite communication en dit assez long sur le personnel aux commandes… ce qui est important, quand on ne peut pas se permettre de « se rater ».

Alors, vous êtes pour les notes ou pour leur abolition ? N’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires !

Au plaisir de vous lire,

Louis Volta


Sources [1] Cyril Brosset & Isabelle Bourcier, « Avis en ligne, se frayer un chemin dans la jungle », in Que Choisir n°644, p.13

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