Chère lectrice, cher lecteur,
En ce moment se déchaîne une véritable « croisade » anti-alcool. Mon confrère Rodolphe Bacquet en a fait la remarquable analyse dans l’une de ses dernières lettres[1].
Et dans une autre de ses lettres, il y a 4 ans[2], il faisait la synthèse du travail du Dr. Michel Poulain qui soulignait à juste titre combien le vin pouvait être bon pour la santé.
Notamment grâce à ses très nombreux tanins, dont le ptérostilbène et le resvératrol, auxquels on doit le « paradoxe français » : une meilleure santé cardio-vasculaire que les autres Occidentaux en dépit d’un régime assez gras.
Car il faut savoir qu’il n’y a pas plus anti-cancer que les tanins (ou polyphénols), et d’ailleurs, qu’il n’y a rien de meilleur à manger pour la santé.
Mais vous me direz qu’il y a aussi de l’alcool, c’est-à-dire de l’éthanol, qui est très calorique, qui favorise l’apparition du cancer et qui accroît les risques d’addiction.
Mais c’est là, en ne pointant que le risque de boire de l’alcool (et non le bénéfice qu’on en retire en termes de plaisir ou de santé) que l’on se moque de nous. Et pas seulement à cause de l’infantilisation généralisée que pointait à juste titre mon confrère.
Pourquoi la société est-elle devenue si triste ?
La société humaine n’a jamais été idéale. Il y a des périodes historiques qui sont meilleures que d’autres – et celle que nous vivons n’est certainement pas aussi joyeuse que les « Trente glorieuses ».
Cependant, une grande partie des malheurs de la société actuelle tient en 2 points :
- La déshumanisation des rapports sociaux, qui se passent désormais, pour la plupart, à travers un écran. Depuis la pandémie, elle est devenue la norme… et elle est aussi accrue par la cherté même des lieux où l’on se retrouvait auparavant pour converser et se rencontrer.
- Un marché du travail très dur, où il s’agit essentiellement de « rincer » les employés — beaucoup d’entre eux n’ont pas la capacité psychologique ou physique de tenir les cadences. Les logiciels toujours plus en pointe réduisent les besoins de main d’œuvre : on ne garde donc que les travailleurs les plus performants. (Et en plus, ils devraient rester sobres le soir et les week-ends !)
Donc, si le narcotrafic est aujourd’hui devenu une industrie, c’est qu’il y a des débouchés… Et la vente des anti-dépresseurs et des anxiolytiques n’est après tout que la partie légale de ce trafic. J’ai écrit sur ce sujet il y a quelques semaines[3] à peine.
Big Pharma gagne sur les deux tableaux
Les psychotropes légaux ne sont pas une solution, même s’ils sont vendus sur ordonnance. À partir du moment où vous êtes accro, le médecin n’est pas vraiment en capacité d’arrêter un traitement qui vous est devenu vital.
Mais comme ce type de démarche est prétendument encadré par un professionnel, il s’agit de la solution que préconisent les magazines ayant pignon sur rue[4].
Il n’a donc pas suffi que les laboratoires pharmaceutiques gagnent des fortunes avec la pandémie, laquelle a généralisé les problèmes psychiatriques et les dépressions.
Désormais, pour le petit peuple des curés qui se prétendent journalistes, il est aussi normal que Big Pharma ait le monopole du traitement du mal-être.
Pour nous, c’est la double peine, et eux gagnent à tous les coups…
Tout cela pour vous arrimer à une société de plus en plus sédatée et aseptisée, qui ressemble de plus en plus au Meilleur des mondes d’Aldous Huxley.
Il avait tout vu il y a presque un siècle
Rappelons que dans cet ouvrage visionnaire, tous les problèmes de relations entre les gens se règlent avec l’administration régulière de « soma », cette drogue qui permet de ne jamais remettre en cause l’ordre établi…
Une autre prophétie d’Aldous Huxley était la programmation des cerveaux au moyen d’émissions diffusées dans leur sommeil – et il existe désormais des cours d’anglais que vous pouvez écouter de la même façon.
Sans compter la procréation devenue complètement décorrélée de l’acte charnel – là aussi, on y arrive !
Le point commun dans tout cela, naturellement, c’est que vous ne puissiez plus avoir des rapports conviviaux avec autrui : tout rapport avec les autres doit passer par un écran, être surveillé par un médecin, un logiciel de censure ou l’État lui-même.
Refaire le monde autour d’un apéro ou au comptoir du café – c’est en fait devenu trop subversif. À croire que c’est ce que notre société déteste désormais dans l’alcool. Avant, il était vulgaire ; maintenant, il est anticonformiste.
Le raffinement ? Savoir apprécier la vie
Dans la continuité de cette tendance, le magazine Que Choisir du mois d’octobre a décidé de « taper » sur le vin. Pour dire quoi ?
Qu’il y avait trop de sulfites ? Trop de pesticides ? Trop de calories ? Tout cela, nous le savions déjà, même s’il n’est pas inutile d’en avoir le détail. Cependant, chacun ayant son petit vin préféré, il est impossible de savoir exactement ce qu’il en est pour sa cave personnelle.
Le mieux étant bien sûr de boire du vin bio – du moins est-ce ce que l’on nous assène. Je vous recommanderai pour ma part de boire un peu de bon vin plutôt que beaucoup de mauvais !
Le label Déméter, reconnu pour être le plus sûr du côté du bio, est un vin fabriqué dans des conditions pour le moins ésotériques, et qui relève de la doctrine anthroposophique de Rudolf Steiner.
Ça ne me dérange pas une seconde. Mais cela ne manque pas de me faire rire quand mon oncle, militant athée et rationaliste, m’en vante chaque fois les mérites !
S’enrichir sur le vice – une mauvaise manie
Pour le reste, il vaut mieux boire un verre ou deux le soir que de tomber dans les antidépresseurs ou la drogue. La société n’a jamais été tout à fait heureuse, et ceux qui peuvent se permettre de se consacrer 100 % à leur bonheur sont souvent des gens qui n’ont ni travail ni famille à charge.
Il y a une sagesse dans le vin, pas dans son abus. Dans l’appréciation d’un produit riche en goût et en qualités issues du terroir. Une civilisation qui sait apprécier le vin sans en abuser s’épargne beaucoup d’excès.
Mais comprenez, si le puritanisme est si méchamment à la mode, c’est parce qu’il engendre des frustrations, des excès et des comportements déviants qui rapportent beaucoup plus en termes de consommation. Surtout quand l’État taxe systématiquement le vice sous prétexte de corriger moralement le consommateur.
Comme il est regrettable que nous ayons complètement assimilé la culture américaine où la prohibition fut dépeinte comme un âge héroïque, et ses trafiquants comme de véritables seigneurs, sinon des légendes pour le cinéma et la télévision…
La tradition française a sa propre sagesse, et elle vaut beaucoup mieux qu’une société qui n’aime rien tant que de prospérer sur les vices.
N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et j’aurai grand plaisir à vous lire,
Louis Volta