Chère lectrice, cher lecteur,
Je me suis récemment, et bien malgré moi, retrouvé à avoir cette étrange conversation :
- Tu as les dents drôlement blanches, me lança mon vieil ami Damien.
- C’est que j’ai gardé mon dentifrice de l’époque où je fumais.
- Pourquoi ?
- Parce que le thé a tendance à faire comme la cigarette… répondis-je.
- Et t’as pas peur que ça t’abîme les dents ?
- Bah, le fluor leur fait plutôt du bien… C’est surtout la mousse et ses perturbateurs endocriniens qui m’inquiètent.
- Tu sais que le fluor, c’est hyper-dangereux ?
- Toi, tu crois ça ? Alors que tu regardes France 2 et que tu lis Le Monde ?
- Eh… me dit mon ami. On peut tous changer d’avis, tu sais.
- Toi aussi, tu vas me dire que ça calcifie la glande pinéale, et que d’après Descartes lui-même, c’est l’endroit où l’âme et le corps se touchent ?
- Euh, je ne serais pas allé aussi loin, mais la calcification de la glande pinéale, c’est quand même prouvé scientifiquement…
- Par une étude ?
- Par une étude ![1]
Je ne savais pas trop quoi répondre, alors il a fallu que je commence à faire des recherches… et je ne suis pas encore très sûr d’abandonner mon dentifrice au fluor.

Le fluor a un gros avantage pour lui
Le fluor est nécessaire à la conservation de l’émail des dents et pour lutter contre les caries. Mais à trop forte dose, il fait des trous dans l’émail et noircit définitivement les dents (même si elles restent résistantes aux caries).

Le problème : avoir des dents noires, même à cause d’un excès de fluor, est un marqueur de pauvreté qui impacte directement la vie sociale…
Il se trouve que les premières études sur le fluor et les dents ont été américaines. La fluorose (l’excès de fluor et ses effets sur les dents) a été étudiée pour la première fois dans le Colorado en 1901.
Dans la ville en question, Colorado Springs, 90 % des enfants avaient les dents marbrées par des taches brunes et, curieusement, leurs dents étaient pourtant très résistantes aux caries[2].
Après diverses études, les Américains se rendirent compte qu’à une dose d’environ 1 mg de fluor par litre d’eau, non seulement les populations n’avaient pas les dents marbrées, mais qu’elles conservaient la protection contre les caries.
Donc, dès 1945, ils entreprirent de mettre du fluor dans l’eau courante, avec un certain succès : les enfants avaient 60 % de caries en moins.
Les Américains ont donc décidé de généraliser la procédure et de mettre partout du fluor dans l’eau courante. Une décision qui reste très minoritaire dans le monde – la France, comme la plupart des autres pays, s’y est refusée.
Pourquoi ? Parce que l’emploi du dentifrice au fluor s’est universalisé. Mesure d’hygiène qui a bien fait son travail jusqu’ici… mais ça commence à changer.
Des perturbateurs endocriniens dans votre bouche
Le dentifrice, ça mousse. Et qui dit mousse dit agent moussant : il s’agit toujours de perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire de substances que vous devez à tout prix éviter.

Ces perturbateurs endocriniens que sont les agents moussants peuvent être fabriqués à base d’huile végétale (coco et palme, c’est ce qu’il y a de moins cher) mais ils sont en général produits à base de pétrole, et votre corps n’aime pas vraiment ça.
Ce qu’on appelle un perturbateur endocrinien est un élément chimique qui altère la communication interne de l’organisme, laquelle se fait entre organes via les hormones.
Et l’effet le plus évident de cette perturbation s’observe dans les caractères sexuels. Ils peuvent être soit atténués, comme c’est le cas pour les enfants et les adolescents, soit fortement altérés.
La plupart du temps, on parle de xénoœstrogènes, qui sont des féminisateurs étrangers au corps (car les perturbateurs endocriniens sont perçus par le corps comme des hormones féminines).
Cela perturbe l’équilibre hormonal des femmes (notamment au niveau des règles et de la fertilité) mais les effets sont encore plus visibles chez les hommes.
Ainsi, les garçons conservent des caractères enfantins plus longtemps, et les hommes mûrs ont tendance à prendre des seins de graisse et à voir chuter leur testostérone plus vite qu’à l’accoutumée.
On parle même, désormais, de dévirilisation.
Noms à rallonge, problèmes à rallonge
Il se trouve que l’agent moussant des dentifrices est un perturbateur endocrinien que vous avalez directement avec le dentifrice, le sodium lauryl sulfate, dont la toxicité concentrée est avérée, mais dont les effets sur le long terme restent encore méconnus[3].
Il est encore pire pour la santé que son cousin, le sodium laureth sulfate, que l’on retrouve dans presque tous les shampoings non « bio ».
Il s’agit là aussi d’un perturbateur endocrinien très agressif, mais dont la dangerosité est tue par toute l’industrie de l’hygiène et de la cosmétique, alors qu’il s’agit d’un biocide[4].

A priori, le sodium lauroyl sarcosinate serait préférable en guise d’agent moussant[5]. Cependant, une étude chinoise a récemment souligné que dans les cosmétiques et les produits d’hygiène il ne respectait pas particulièrement le microbiome de la peau[6].
On attendra qu’il soit régulièrement utilisé dans les dentifrices pour faire une étude à ce sujet…
N’oublions pas non plus que l’antibactérien que l’on retrouve dans presque tous les dentifrices, le triclosan, est lui aussi « fortement soupçonné » d’être un perturbateur endocrinien ![7]
Par conséquent, la tendance actuelle est de revenir à des dentifrices « bio », sans perturbateur endocriniens, mais aussi plus doux, donc souvent moins fluorés, et par conséquent moins protecteurs de l’émail.
Il va sans dire que la tendance actuelle à une diminution de la consommation de fluor va donner pas mal de travail aux dentistes dans les années qui viennent !
Révolte contre le fluor
Sous prétexte qu’il calcifie la glande pinéale, comme je l’ai mentionné en introduction, et que celle-ci serait le centre de la personnalité humaine, il existe toute une littérature spiritualiste qui milite contre le fluor et qu’on retrouve régulièrement sur les réseaux sociaux.

Mais au moins la littérature spiritualiste, même si elle n’hésite pas à piocher dans les arguments scientifiques, ne prétend-elle pas (trop) se substituer à celle-ci ni exercer une influence politique.
Néanmoins, le courant anti-fluor né aux Etats-Unis après la fluorisation des eaux courantes commence à prendre souche en Europe, et les arguments spiritualistes n’en sont que la queue de comète.
Ce mouvement a pris naissance dans les années 1950, alors que la fluorisation des eaux était perçue à travers la lorgnette maccarthyste comme une tentative de rendre docile la population à moindre frais et (bien sûr) de lui imposer malgré elle le communisme[8].
Cependant, cette mouvance s’est enrichie d’arguments un peu plus solides qu’une méfiance viscérale vis-à-vis de l’État.
Les pays africains et asiatiques en ont assez
Ainsi, les « lobbyistes » anti-fluor arguent du fait que le fluor n’est pas un nutriment essentiel et qu’il n’existe pas de « carence en fluor »[9].
D’autres avancent que le fluor (en fait, le fluorure, sa forme ionique) est, comme nous le rappelle le chercheur indien Maitreyee Undi, « considéré comme un poison cumulatif et biologiquement très actif même à de faibles concentrations car il interfère avec les liaisons hydrogène et inhibe de nombreuses enzymes »[10].
Ainsi, « seulement 50 % du fluorure ingéré quotidiennement est excrété par les reins, le reste s’accumule dans les os, la glande pinéale et d’autres tissus ».
« Des études initiales sur des animaux ont montré que l’accumulation de fluorure dans la glande pinéale entraînait une réduction de la production de mélatonine (l’hormone nécessaire au sommeil) et un début de puberté plus précoce. »
Ce qui peut être effrayant, quand on sait que le fluor peut s’accumuler en grandes quantités dans la glande pinéale. Ce n’est donc pas seulement une question d’éveil spirituel ou d’interface corps-esprit…
En fait, surtout, Undi nous apprend que les arguments anti-fluor rencontrent un écho considérable à cause des eaux très fluorées que l’on trouve dans certains pays, où les dents marbrées de noir sont un phénomène courant.
C’est qu’il y a, sous le sol, des bandes de terres fluorées qui traversent les continents et les nations.
Il y a ainsi une « ceinture » qui s’étendrait de l’Algérie à la Chine en passant par le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan, l’Inde, l’Iran… mais aussi d’autres ceintures qui traversent les Etats-Unis ou même le Japon, d’après un rapport de l’OMS de 2001[11].
Vous préférez quoi ? Les caries ou l’insomnie ?
S’il existe des dentifrices au fluor et qu’en revanche, peu d’États d’Europe (hormis l’Espagne, l’Irlande et le Royaume-Uni) ajoutent du fluor dans leurs eaux, c’est aussi parce qu’en termes de prévention, cela semble suffire.
Le fait est que le fluor est potentiellement nocif pour la glande pinéale (et je veux bien croire qu’avoir une glande pinéale en bonne santé est essentiel pour l’équilibre mental), cependant ne pas avoir de caries est également très important.
Parce que les caries, en plus de coûter très cher à cause des dommages qu’elles causent aux dents, peuvent aussi avoir des effets considérables sur la santé si on les laisse proliférer.
Non seulement les infections qu’elles entraînent se transmettent au reste du système digestif, donc du corps tout entier, mais elles peuvent en plus dégénérer et entraîner des complications très regrettables.
Cela peut paraître ridicule aux Européens que nous sommes, mais il y a des pays où l’on meurt d’infections et de septicémies consécutives à des caries.
Comme bien souvent, la modération est de mise. Et si vous tenez absolument à décalcifier votre glande pinéale, le mieux est de vous rendre chez votre naturopathe favori.

Le mien vante les mérites de la vitamine K, de l’ail et du citron. Cela tombe bien : je suis grand consommateur de câpres ! Et j’aime aussi l’ail et le citron.

Pour le dentifrice, j’ai gardé mon bon vieux Clinomint. C’est un peu irritant, mais je n’ai pas à m’en plaindre outre mesure, même s’il est devenu difficile à trouver.
Mais une fois mon stock terminé, je pense passer chez What Matters (pardonnez-leur leur anglicisme, ils ne savent pas ce qu’ils font). Leur dentifrice est bio et contient tout de même du fluor.
Sinon, les dentifrices bio sans fluor sont légion, et vous en trouverez dans n’importe quel supermarché bio.

Et vous, vous en êtes où avec votre dentifrice ? N’hésitez pas à me le dire dans les commentaires !
Au plaisir de vous lire,
Louis Volta