Notre modèle alimentaire est à bout de souffle

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a un an environ, je vous alertais sur la propagande qui consistait à nous promouvoir la nourriture à base d’insectes.

Une habitude alimentaire qu’on tenait à tout prix à nous faire prendre, qui paraissait au moins dégradante pour les nouvelles générations, sinon carrément dystopique.

Il faut dire que la Commission européenne avait rendu légales les pratiques qui consistaient à introduire de la poudre d’insectes dans les farines industrielles… 

Entre-temps, j’ai fait un lobbying considérable (j’étais pour ainsi dire l’un des seuls…) et la mode a fini par passer.

Mieux que ça, la plus grande entreprise française de production d’insectes alimentaires, Ynsect, a fini par déposer le bilan en décembre dernier[1]. Les levées de fonds et les subventions n’ont pas suffi…

En général, je tiens les faillites d’entreprise pour des drames, mais pourtant, cette fois, c’est une victoire. 

Pourquoi le public français s’est lassé de la vermine

Je milite contre l’introduction des insectes dans la nourriture depuis plusieurs années, et j’ai pourtant bien conscience que ce ne sont pas mes seuls articles qui ont fait passer cette mode de nous faire manger des insectes.

Non plus que notre proverbiale légèreté, à nous, Français, qui nous fait épouser n’importe quelle mode (du bout des lèvres, au moins…) pour nous en lasser au bout de quelques mois…

La raison de ce désaveu tient (hélas) en un seul mot : la paupérisation.

En effet, la société française est de plus en plus pauvre, et cette pauvreté croissante atteint aussi les retraités qui sont la plus importante cohorte d’électeurs votants.

Par conséquent, ceux qui savent ce que c’est, de la bonne nourriture, ne sont pas prêts à manger du tout de la nourriture synthétique, ou à base de vermine, ou les deux.

Il était donc sympathique, au départ, de se dire progressiste, en pensant que les insectes étaient l’avenir de la nourriture…

Mais quand on a commencé à comprendre que notre nourriture allait se réduire à ça — l’amour culinaire pour les insectes a fortement diminué.

D’autant qu’un Français se sent avant tout français parce qu’il sait faire la cuisine, ou du moins parce qu’il l’apprécie. Le goût est devenu, dans la France du XXIème siècle, le dernier rempart civilisationnel.

Même le Monde, pourtant progressiste en diable, reconnaît enfin ce que j’avais écrit il y a un an, à savoir que personne ne veut réellement de cette nourriture infâme autant qu’infâmante :

« Quant à la perspective de la glisser dans l’assiette du consommateur, elle s’est singulièrement éloignée. Qui veut déguster une farine d’insecte protéinée ? Pour toute réponse, on entend une mouche voler. »[2]

Il faut croire que c’est la gourmandise qui a épargné la France !

Enfin… pas tout à fait…

La France à la croisée des chemins

Gastronomiquement, notre pays se trouve dans une situation qui reflète bien sa situation historique.

D’un côté, il y a une gastronomie inventive, peut-être plus que jamais, qui fait que la France compte un grand nombre de restaurants de très grande renommée, où les influences du monde entier viennent « nourrir » et renouveler sans cesse la tradition culinaire la plus riche au monde.

De l’autre, la plupart des restaurants de qualité, à cause de l’imposition accrue, de la surveillance fiscale étroite, de l’augmentation du prix des matières premières se retrouvent à baisser la qualité des produits ou à augmenter drastiquement leurs additions…

D’un côté, il y a une culture de terroir qui s’exprime sur les réseaux sociaux et emporte une adhésion très large, mais qui est de moins en moins accessible à la population, à cause de la cherté des prix.

N’importe qui pouvait aller chez le fromager ou le boucher, jadis. Au moins une fois de temps en temps. Désormais, on se demande s’il ne faut pas porter un costume ou une robe du soir, vu les sommes qu’on va dépenser…

De l’autre côté, il y a une France qui accepte de manger la plus basse qualité possible, pourvu qu’elle ait le fantasme de l’abondance. On a ainsi vu, ces derniers jours, une mode autour du poulet servi « à la brouette » ![3]

Et entre ces deux extrêmes, il y a une France qui croit essentiellement que la nourriture est une industrie, qui se choque des régulations sur la nourriture ultra-transformée et qui veut nous faire manger des insectes.

Ces trois tendances — la magnification d’un terroir devenu du luxe ; l’éloge d’une abondance malsaine ; la réduction de la nourriture à de la chimie — ne sont que les différents visages d’une même France qui a abandonné l’idéal de la qualité pour tous.

En somme, puisque nous ne pouvons faire que l’avenir soit meilleur, faisons en sorte d’en tirer le meilleur d’une dégradation inexorable… soit en mettant la nourriture au centre de notre vie ; soit en en tirant le profit maximal ; soit en optant pour une abondance dangereuse pour la santé.

Le recul de la civilisation française

Bien que le succès des émissions de cuisine et des chaînes dédiées à cette thématique sur les réseaux sociaux ait dressé un « rempart civilisationnel », force est de constater que notre civilisation recule.

Et quand je parle de civilisation, j’entends « société de consommation à la française »… c’est-à-dire un mode de vie qui a été conçu dans les années 50, privilégiant la qualité à la quantité, au contraire du modèle anglo-saxon.

C’est ce que nous montre le billet d’Olivier Dauvers, avec la faillite du supermarché Auchan, de Sarcelles[4]. 

Il confronte les images qu’il a prises d’un supermarché vide, en déshérence, et celles d’il y a quinze ans, à son ouverture, après la crise des subprimes. Quand il était rutilant, et qu’il attendait de profiter de la hausse du pouvoir d’achat des banlieues.

Mais ça, c’était avant les grands traités de libre-échange, le développement du Drive, Amazon qui s’est mis à déverser toute la production industrielle chinoise jusque dans nos boîtes aux lettres…

Mais aussi avant l’avènement des souks, qui ont remplacé les marchés et les marchés aux puces.

En effet, la complaisance des autorités envers la basse qualité ne se limite pas à la distribution américaine, elle va aussi à ces marchés pleins de produits chinois et de nourriture d’origines pour le moins exotique.

À Montreuil, tout contre Paris, l’hypermarché est rempli de produits américains et chinois, et il reste le seul magasin ouvert d’un centre commercial fantôme. Et ce n’est que la moitié du problème…

Souks partout, boutiques nulle part

Au pied du centre commercial, le marché aux puces de Montreuil est devenu l’archétype du souk défiscalisé, où l’on retrouve toute l’Asie, de l’ouest à l’est, mais plus un seul produit de fabrication ou de tradition française.

Ce sont ces marchés orientaux qui rendent impossible la survie d’un Auchan à Sarcelles : il n’y a plus de place pour la vie à la française, lourdement taxée, surtout dans les banlieues.

Rien d’étonnant à ce que le gouvernement laisse prospérer ces souks, de même qu’il ne remplace pas Amazon par des offres françaises avec des fournisseurs français.

En effet, Emmanuel Macron, lors de sa première campagne présidentielle, nous avait clairement dit qu’il n’y a pas, pour lui, de culture française. Il est donc logique que son gouvernement ne privilégie en rien quelque chose qui, pour lui, n’existe pas.

Pour nous, pourtant, le droit français à la qualité existe. Et c’est pour ça que nous devons privilégier, chaque fois pour nos achats, les produits français et la qualité française. Au moins pour l’alimentation.

Car à négliger cette économie dont nous dépendons, il n’y a pas à nous étonner qu’on finisse par nous proposer du cochon sans cochon, des larves en guise de farine et de la tumeur de bœuf en guise de viande…

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez,

Louis Volta 


Sources

[1] https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/03/clap-de-fin-pour-ynsect-la-start-up-de-proteines-animales-nourrie-aux-levees-de-fonds-et-aux-subventions_6655855_3234.html — Florence Trollé, « Clap de fin pour Ynsect, la start-up de protéines animales nourrie aux levées de fonds et aux subventions », in Le Monde, 4 décembre 2025.

[2] https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/02/01/l-elevage-d-insectes-a-le-bourdon_6526656_3234.html — Laurence Girard, « « L’élevage d’insectes a le bourdon » » in Le Monde, 1er février 2025.

[3] https://www.instagram.com/reel/DUOsy4RiE_2/

[4] https://www.olivierdauvers.fr/2026/01/30/auchan-sarcelles-demain-cest-fini-en-attendant-larrivee-de-u-en-juin/

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TUFFERY
TUFFERY
il y a 7 heures

CONSERVONS notre culture gastronomique française et cultivons nos origines dans tous les domaines et surtout transmettons les à nos enfants et petits enfants . Courage !!!!

Sylvie
Sylvie
il y a 8 heures

Vous parlez des produits français mais avez-vous vu les prix que les commerçants font ? C’est vraiment exagéré ! Tout les producteurs, fabricants et autres maraîchers nous prennent pour des vaches à lait tout simplement ! Mais ils devraient tous réfléchir car une bonne proportion de français ne sont pas des cadres. On ne peut pas leur acheter quoique ce soit ! Et ne crachez pas sur Amazon ou sur certains magasins asiatiques car ils sont très corrects. Si vous achetez du matériel électroménager français, dès qu’il y a une panne c’est l’horreur car ils se rejettent la faute alors qu’avec Amazon c’est super rapide et moins cher ! Je pourrais écrire encore longtemps sur le problème

Marie
Marie
il y a 11 heures

Bonjour , tellement vrai. Heureusement dans nos « régions «  loin de Paris ils existent des paysans qui résistent et des consommateurs éclairés. Mais bien sûr soit vous êtes racistes soit vous êtes complotistes soit vous êtes riches , dès que vous émettez une critique .
Vive le bon sens , près de chez vous. Continuez

jean
jean
il y a 12 heures

Belle démonstration de notre époque. La question de fond et le pourquoi sont bien évoqués il fallait oser, merci. Mériteraient d’autres articles.

Coulais
Coulais
il y a 12 heures

Je trouve que votre article a des connotations racistes.

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