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Cannabis : qu’est-ce qui se passe au juste ?

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a encore 20 ans, et peut-être même encore il y a 10 ans, le cannabis était quelque chose d’important.

Il avait ses détracteurs farouches, partisans forcenés de l’interdiction, et il avait ses défenseurs, tout aussi farouches, souvent artistes, comme le célèbre groupe de reggae Tryo.

Ce dernier, sur son premier album (Mamagubida, 1998), faisait ouvertement la promotion du cannabis dans plusieurs chansons.

Il entendait non pas imposer un nouveau mode de vie, mais requérait, pour les gens qui vivotaient dans une pauvreté chronique, dans ces classes sociales qui se sentaient nécessairement perdantes face à la dérégulation de l’économie, la possibilité de vivre dans la douce ivresse et le partage.

Bref : une existence « roots », détachée de la technologie et des nécessités productives.

Ce fantasme de contre société, porté au tournant du millénaire par les mouvements altermondialistes, visait une certaine honnêteté, quoique assez adolescente et souvent utopiste.

Or la revendication de la légalisation du cannabis, si elle se prévaut toujours de cette image fantasmée, a été complètement dépassée par les réalités économiques et culturelles qui ont conduit aujourd’hui à la légalisation de fait du cannabis.

Une légalisation qui ne partage plus rien des idéaux plus anciens de la revendication d’une société « plus cool ».

Au contraire, le cannabis s’est complètement intégré dans une société qui assume sa violence interne, qui ne cherche même plus vraiment à la combattre.

Aussi, que le cannabis soit devenu l’un des véhicules de l’enlaidissement moral et de l’ensauvagement de la société occidentale, n’est clairement pas à mettre à son crédit, et jette un opprobre sévère sur son usage actuel.

Du reggae au rap : la brutalisation

Il se trouve que le cannabis était, à la suite de son « prophète » Bob Marley, associé à la musique reggae, une musique jamaïcaine, donc caribéenne, douce et dansante, malgré des paroles parfois revendicatrices.

À ce titre, Bob Marley a failli se faire assassiner en 1976 sur fond de querelle politique, alors qu’il n’avait même pas pris position — simplement parce qu’on pensait qu’il le faisait.

L’idée derrière le reggae et sa culture promouvant la consommation du cannabis était justement une résistance passive et un apaisement des mœurs, contrairement aux sentiments que pouvaient susciter d’autres stupéfiants plus durs.

Mais le reggae, après la crise des Subprimes de 2008, n’était plus « tendance ». Comme la plupart des musiques, il a été réduit à un public de niche au profit du rap. Par une politique culturelle sur laquelle on ose seulement aujourd’hui s’interroger…[1]

Or le rap a imposé une culture de la violence et objectivement, d’une moindre complexité politique — quand il ne s’agit pas, purement et simplement, d’un éloge perpétuel du tribalisme.

Dès lors, le cannabis est devenu une drogue comme une autre. Une drogue pour laquelle on se bat et on occit le voisin avec lequel on a grandi pour un morceau de « territoire ». Une drogue qui peut rapporter beaucoup et qui détourne les jeunes de l’école.

Or cette culture de la violence tribaliste promue par le rap est devenue celle de la société toute entière. Que l’on prenne du cannabis pour se détendre entre deux règlements de compte ou entre deux entretiens de licenciement, la différence est devenue mince…

Car on ne défend pas un esprit, comme pour le vin, mais un abrutissement.

C’est aussi dans cette même perspective que les marchands de cannabis, à la suite de la légalisation au Pays-Bas, se sont mis à produire des plantes contenant des taux de plus en plus élevés de son narcotique, le THC.

Dès lors, non seulement le cannabis est devenu une drogue comme les autres, mais il est devenu aussi addictif que les drogues dures.

Il s’est alors affirmé comme un moyen de contrôle de la population, afin de lui faire accepter la fin de l’ascension sociale et même le déclassement de ses éléments les plus prometteurs…

En quoi le cannabis est-il réellement thérapeutique ?

Il est vrai que le cannabis a des vertus thérapeutiques, mais elles ne s’appliquent qu’à des cas très particuliers : insomnies chroniques, myopathies, maladies auto-immunes, cancers…

C’est pourtant la raison originelle pour laquelle le cannabis a été légalisé. Avec surtout l’idée de rendre légale la molécule dormitive du cannabis, la CBD, au lieu du THC, qui est la molécule narcotique.

Cependant, comme nous l’apprend un psychiatre australien, lors d’un entretien sur la lassitude des jeunes hommes pour qui cette société contemporaine est devenue insoutenable[2], le cannabis est devenu « thérapeutique » simplement parce qu’il permet de supporter le quotidien.

C’était une expérience que l’on retrouvait déjà fréquemment dans les emplois difficiles, comme en usine.

En fait, le cannabis ritualise ce que les anti-dépresseurs et les anxiolytiques banalisent, à savoir le dérèglement hormonal et la dépression chronique.

On voit encore sa propre consommation, on ne l’occulte pas. Et puis, aussi, parfois, on partage quelque chose, un moment ensemble, ce qui est toujours mieux que l’ivresse solitaire dans laquelle on s’enfonce inexorablement.

Et pourtant, ce n’est pas sans danger…

La dépénalisation a été ce qu’il y a de pire pour le cannabis

Il y avait, dans les années 2000, une série américaine justement consacrée au cannabis, nommée Weeds.

Initialement comique, elle le devient de moins en moins au fur et à mesure que son héroïne devient un gangster et que ses enfants en deviennent eux aussi, par contamination.

À la fin de la série, dans le tout dernier épisode, on voit que le cannabis est devenu le socle d’une société affreuse, dégradante et sans surmoi, où les gens ne dissimulent plus leur laideur intérieure.

Bref, on nous donne à voir une sauvagerie régulée à la place de la civilisation, et le cannabis qui sert de moyen de contrôle. C’était malheureusement assez prophétique.

De fait, on n’arrête plus personne pour trafic ou consommation de cannabis, puisqu’il est désormais possible de fumer des joints dans la rue en arguant de consommer de la CBD.

En somme, la police ne s’en prend donc plus au cannabis, puisqu’il s’agit d’une potentielle perte de temps…

Et pendant ce temps-là, il est admis que la population puisse vivre en permanence sous stupéfiant. Après tout, n’était-ce pas déjà le cas avec les anti-dépresseurs, les antidouleurs et les anxiolytiques ?  

Un stupéfiant anodin ? Certainement pas

C’est un fait : pendant plusieurs mois, le gouvernement français a laissé vendre des bonbons au cannabis qui sont très addictifs avant de les retirer de la vente[3].

Ceci afin de faire venir les consommateurs dans les magasins agréés et de les faire abandonner leurs revendeurs habituels, soupçonnés de rajouter des éléments (encore plus) toxiques dans leurs produits.

Certes, l’herbe que l’on trouve dans ces magasins est en principe moins forte que celle que l’on peut trouver chez les revendeurs les plus « pointus », ou au Pays-Bas, mais ce n’est pas toujours le cas…

En cela, le gouvernement français récupère la clientèle qui allait quelquefois dans les cités, et qui se sentait de plus en plus en danger avec les règlements de compte qui y devenaient légion.

Alors, évidemment, pour les autorités, le deal permet de continuer à garder le couvercle sur les banlieues les plus chaudes…

Mais les pouvoirs publics ont décidé de tirer eux-mêmes le bénéfice des quartiers plus huppés, sachant que la démocratisation de la cocaïne (fréquente chez les politiques eux-mêmes[4]) fait désormais, et à tort, passer le cannabis pour un stupéfiant quasiment anodin.

Au risque de vivre de plus en plus dans un « narco-État », à la façon des Pays-Bas, où la famille royale elle-même a été menacée par un cartel de la drogue[5].

De fait, le cannabis était subversif quand il restait l’apanage des artistes. Aujourd’hui, il s’est parfaitement intégré dans le mécanisme du contrôle des populations que l’on appelle « gouvernance ».

Assurément, les consommateurs réguliers, passagers ou les détracteurs de la substance : tous auraient gagné à ce qu’il en fût autrement.

On ne soigne pas une société seulement en éliminant les symptômes de sa dégradation, mais on ne la soigne pas non plus sans les éliminer.

Dites-moi ce que vous en pensez, j’ai hâte de vous lire,

Louis Volta


Sources :

[1] https://www.youtube.com/watch?v=fewDIjRGWHI

[2] https://quillette.com/2026/09/03/why-so-many-young-men-are-giving-up-on-work/ — Claire Lehmann, Tanveer Ahmed, « Why So Many Young Men Are Giving Up on Work » in Quillette, 3 septembre 2026.

[3] https://www.le-green-spot.com/gummies-thc-interdits-france/

[4] https://www.franceinfo.fr/politique/parlement-francais/assemblee-nationale/enquete-la-coke-fait-tenir-a-l-assemblee-nationale-le-tabou-de-la-consommation-de-drogue_7043150.html — Margaux Duguet, « « La coke fait tenir » : à l’Assemblée nationale, « le tabou » de la consommation de drogue » in FranceInfo, 6 février 2025.

[5] https://www.lemonde.fr/international/article/2022/10/14/aux-pays-bas-la-princesse-heritiere-et-le-premier-ministre-menaces-par-la-mafia-de-la-drogue_6145791_3210.html?srsltid=AfmBOooL9fvQr9g8UDo2OiYFQA-oXHgBiEd8midcADJ8RPYvmOg-4rYb — Jean-Pierre Stroobants, « Aux Pays-Bas, la princesse héritière et le premier ministre menacés par la mafia de la drogue » in Le Monde, 14 octobre 2022.

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