Chère lectrice, cher lecteur,
En France, aujourd’hui, il y a des médicaments qui tuent, et qui pourtant sont toujours autorisés à la vente : c’est le cas de l’Androcur, un régulateur hormonal régulièrement prescrit…

Le 4 novembre 2024, ce médicament commercialisé par Bayer a fait l’objet d’une plainte devant le tribunal judiciaire de Paris.
Cette plainte a été déposée contre l’ANSM par l’Amaeva, l’association des victimes de ce traitement. On dénombre à présent 450 patients gravement atteints.
Ils peuvent factuellement étayer le rapport de causalité entre leur prise de l’Androcur et leurs problèmes de santé. Ce chiffre s’élèverait à 4000 victimes selon l’Amaeva, si l’on prend en compte les autres médicaments apparentés, à savoir les progestatifs, qui inhibent les hormones masculines.
Entendez bien que lorsque je parle de patients gravement atteints, il ne s’agit pas d’un zona ou d’un psoriasis. Il s’agit de tumeurs cérébrales, les méningiomes, directement liées à la prise de leur traitement.
45 ans de prescription, et ça ne s’arrête pas
Cela fait une vingtaine d’années que ce genre de problèmes arrive avec l’Androcur… au point que le risque de méningiome a été inscrit sur les posologies !
Mais s’il est encore en vente, les patients pensent qu’il ne s’agit que d’un effet secondaire très rare qui n’arrive pour ainsi dire jamais… jusqu’à ce qu’effectivement ça vous arrive.
Les victimes reprochent donc à l’administration de n’avoir pas assez alerté sur le danger de ces médicaments… que les médecins ont à leur tour continué à prescrire allègrement.
De fait, l’Androcur n’est toujours pas retiré de la vente ! Et les victimes, en 45 ans de prescription, sont certainement bien plus nombreuses que celles qui portent plainte aujourd’hui.
La télé aime les faits divers, mais pas ceux-là
La simple mention d’un tel scandale, celui du médicament Androcur, devrait faire chaque matin et chaque soir la une des journaux télévisés.
Maintenant, ce n’est plus qu’un fait divers, de ceux qu’on passe sous silence, parce qu’ils sont devenus banals.
Un médicament cancérigène qui a détruit au moins 450 vies : « Que voulez-vous, ce sont des choses qui arrivent. »
Non. Une fois, dix fois, cent fois non.
Un médicament ne devrait jamais briser une vie. Le serment d’Hippocrate, que tout médecin doit prêter pour exercer, l’énonce avec une clarté cristalline : ne pas nuire.
Là, ce qui effraie, ce n’est même plus le nombre de morts. Ce qui épouvante, c’est l’apparente lassitude du grand-public.
La population sait que maintenant, les médicaments tuent. Elle ne s’en offusque même plus. Cela s’en ressent à la lecture des journaux.
La médecine revient-elle 1000 ans en arrière ?
Nous vivons dans une période où la médecine est redevenue d’une efficacité incertaine.
Raison pour laquelle l’ordre des médecins punit les dissidents avec une sévérité démesurée, tel Didier Raoult, en dépit d’une carrière digne des plus grands noms de la médecine.
On pourrait croire que le manque de réaction publique devant un tel scandale exprime une résignation, une désensibilisation. Non : la colère est sourde, tout simplement.
Bayer est une entreprise dont l’histoire est jalonnée de moments pour le moins sinistres : elle a fait partie du consortium qui a fabriqué le gaz pour les camps d’extermination ; elle a récemment racheté Monsanto…
Ce genre de tragédie, c’est un caillou dans sa chaussure, et ça ne l’empêche pas de continuer à avancer.
Elle ne sera pas contrainte de payer des milliards, comme cela s’est fait pour les cas de charlatanisme de Pfizer dans les pays anglo-saxons.
Pourtant, la décence la plus élémentaire exigerait qu’une entreprise coupable de telles exactions cesse de commercer en France, non ?
Si elle était française, il faudrait même qu’elle soit dissoute.
Mais que les actionnaires se rassurent, la France a encore besoin de leur argent. Donc rien ne bougera. On fermera poliment le dossier après avoir versé aux victimes quelques dédommagements.
L’agriculture intensive, qui nourrit désormais une population n’ayant pas les moyens d’acheter bio, ne peut tenir sans l’industrie chimique. Et celle-ci ne compte pas beaucoup d’acteurs.
Si vous en enlevez un, vous devenez encore plus dépendant des autres…
On savait depuis longtemps… et on continue de prescrire
France Info le formule assez sommairement : « A hautes doses, l’Androcur peut augmenter le risque de développer une tumeur au cerveau. »[1]
D’où la plainte déposée contre l’ANSM, pour n’avoir pas suffisamment alerté sur les risques induits par le traitement.
Les victimes demandent à être dûment indemnisées à la suite de la prise inconsidérée de ce médicament dérivé d’une hormone, la progestérone, celle-là même qui a causé des méningiomes chez une foule de patients.
Il est vrai que le fonctionnement de l’Androcur pourrait paraître anodin si l’on ignore combien sont importantes les hormones, ces messagers internes de notre corps qui décident du fonctionnement de nos organes.
Ils peuvent aussi décider de leurs dysfonctionnements, jusqu’à causer, comme dans les cas dont nous parlons, des cancers.
Dans ce litige, l’Androcur n’est pas seul mis en cause. Toutes les autres hormones sexuelles de synthèse le sont : le Lutéran, le Lutényl et leurs génériques.
Les risques étaient pourtant connus depuis 15 ans. Dès 2009, la pharmacovigilance avait remarqué sa capacité à produire des méningiomes. Le risque était écrit sur la notice depuis 2011, nous l’avons dit.
Mais on ne l’a pas interdit. Au mieux, il était recommandé aux médecins de faire attention lors de la prescription… jusqu’à ce qu’on se mette à compter les morts.
Jusqu’à 4000 victimes
Il faut dire que le médicament marchait très fort depuis sa mise en circulation en 1980, puisque grâce à l’acétate de cyprotérone (dérivé de la progestérone), il inhibait les effets des hormones masculines, responsables de la pousse des poils et de la perte des cheveux.
Les résultats paraissaient merveilleux : l’hirsutisme pouvait être contrôlé, de même que l’alopécie, l’acné, les règles irrégulières.
Mais dès 2004, des médecins alertent sur l’apparition des méningiomes, qui sont des tumeurs bénignes dans 90 % des cas, mais progressent rapidement. Elles se révèlent quelques fois, inévitablement, malignes.
Le neurochirurgien Sébastien Frœlich fut le premier à lancer publiquement l’alerte en 2007. Malgré le risque mentionné sur les boîtes, il n’y aurait toujours pas mieux que l’Androcur dans les cas d’hirsutisme sévère. Il est encore prescrit pour les cancers de la prostate… mais les patients savent-ils les risques qu’ils encourent ?
Deux enquêtes de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), lancées en 2018 et 2019, évaluent que le risque de méningiome est multiplié par 7 pour les femmes traitées par de fortes doses sur une longue période (plus de 6 mois) et par 20 après 5 années de traitement.
Ces enquêtes confirment la responsabilité d’Androcur dans l’apparition de méningiomes chez 500 patientes sur près d’une décennie (2007-2015) et reconnaissent que deux autres médicaments progestatifs provoqueraient les mêmes effets secondaires : le Lutéran et le Lutényl[2].
D’après Emmanuelle Huet-Mignaton, présidente de l’Association d’aide aux victimes de l’Androcur (AMAVEA) : « Entre 2007 et 2023, ce sont 4000 femmes qui ont été opérées d’un méningiome à cause d’un progestatif. »
Pourquoi l’État doit-il payer ?
Les témoignages recueillis par La Dépêche du Midi, le seul média à se faire sérieusement l’écho de cette affaire, font froid dans le dos[3].
Des trépanations, des femmes qui deviennent aveugles, sourdes – sans compter toutes celles dont on n’a pas pu recueillir le témoignage.
L’une d’elles fait part de sa frustration de ne pas pouvoir s’adresser à sa gynécologue, qui a brisé sa vie, et qui est depuis partie en retraite.
Comme l’État français a toujours privilégié une politique pro-industrie, il paraît assez normal qu’il doive indemniser les victimes puisqu’il a autorisé un médicament mortel. Mais quelque chose cloche ici.
Pourquoi le médicament continue-t-il d’être vendu alors qu’il est potentiellement mortel ? Pourquoi des médecins ont-ils continué à le prescrire alors que les risques étaient inscrits sur les boîtes ? Eux étaient censés le savoir et le faire savoir à leurs patients.
Au fond, l’État, c’est nous. Pourquoi est-ce nous tous qui devrions payer pour l’industrie ?
Vous payeriez, vous aussi, pour des médecins inconséquents et des laboratoires pharmaceutiques irresponsables et n’assumant pas leurs méfaits ? Alors que ces méfaits sont apparus 25 ans après l’autorisation de mise sur le marché du médicament ?
On ne peut que se réjouir si les victimes arrivent à être indemnisées, car ce sont des vies brisées qu’il est long et difficile de reconstruire.
Néanmoins, la question reste en suspens : pourquoi vous et moi payerions pour une industrie meurtrière et ses complices ?
Rien n’est plus précieux que votre santé.
Louis Volta
[1] https://www.francetvinfo.fr/sante/medicament/risques-lies-a-l-androcur-des-victimes-du-medicament-poursuivent-l-etat-en-justice_6455342.html – « Risques liés à l’Androcur : des victimes du médicament poursuivent l’État en justice », in. France Info, 29 mars 2024 [2] https://www.ladepeche.fr/2024/04/27/dossier-scandale-de-landrocur-comment-un-medicament-miracle-a-provoque-des-tumeurs-chez-des-milliers-de-malades-11915509.php – Salomée Tafforeau, « Scandale de l’Androcur : comment un médicament “miracle” a provoqué des tumeurs chez des milliers de malades », in. La Dépêche, 27 avril 2024 [3] https://www.ladepeche.fr/2024/04/27/temoignages-scandale-de-landrocur-meningiomes-perte-de-la-vue-des-victimes-racontent-je-lai-pris-pendant-11-ans-sans-savoir-11910159.php – Salomée Tafforeau, « Scandale de l’Androcur : méningiomes, pertes de vue, des victimes racontent… “Je l’ai pris pendant 11 ans sans le savoir », in. La Dépêche, 27 avril 2024
2 réponses
Merci Louis pour cette remarque que je me fais depuis si longtemps. » Pourquoi vous et moi (= l’Etat) payerions pour une industrie meurtrière et ses complices ? ». Les commerciaux de Bayer et les fonctionnaires du ministère de la santé, tout comme les médecins prescripteurs doivent pouvoir rendre compte de leurs responsabilités dans cette affaire.
Cela me semble complètement fou de pouvoir se protéger derrière le paravent de l’Etat sans jamais être tenu pour responsable de ses décisions ou actes.
Merci Louis pour cette remarque que je me fais depuis si longtemps. » Pourquoi vous et moi (= l’Etat) payerions pour une industrie meurtrière et ses complices ? ». Les commerciaux de Bayer et les fonctionnaires du ministère de la santé, tout comme les médecins prescripteurs doivent pouvoir rendre compte de leurs responsabilités dans cette affaire.
Cela me semble complètement fou de pouvoir se protéger derrière le paravent de l’Etat sans jamais être tenu pour responsable de ses décisions ou actes.
Pour information, Mediapart a dénoncé cette affaire dans un article du 3 avril 2019.