Chère lectrice, cher lecteur,
Je me souviens, dans les années 90, avoir fait pas mal de trajets dans la voiture avec ma tante, qui était fan de Céline Dion.
On chantait alors ses œuvres à tue-tête, sans le moindre souci de justesse !
Il faut se rappeler que c’est à la fin de cette décennie (décriée alors, décrite comme fantastique aujourd’hui…) que sortit le film Titanic.
Jamais je n’avais vu auparavant qu’il fallait des places à l’avance, parfois même plusieurs semaines en avance. L’engouement était tel que certains (dont moi) ont même refusé d’aller le voir par snobisme.
Qu’à cela ne tienne ! Le film resta si longtemps en salle qu’il n’était pas possible de l’éviter : vous « craquiez » à un moment ou à un autre, durant les vacances scolaires…
Céline Dion, alors au sommet de sa gloire, chantait sur la bande originale. Le romantisme était alors LA valeur cardinale, et la voix de la chanteuse québécoise lui était évidemment associée…
Nostalgie, quand tu nous tiens…
Depuis, l’eau sous les ponts a coulé, et ces évènements, même s’ils ne datent que d’une génération, me semblent aussi lointains que la Guerre de Cent ans.
Appartenant à cette époque désormais reculée, la carrière de Céline Dion — comme celle de la plupart des grands artistes musiciens, compositeurs et interprètes — a été lumineuse sur environ une décennie.
Même pour les grands artistes, deux décennies de gloire, c’est beaucoup. Et généralement, les carrières s’étiolent ensuite.
Il n’est pas rare que les meilleurs groupes jouent la même poignée d’albums durant 20 ou 30 ans de tournées…
Le légendaire Paul McCartney écrit encore des albums, mais peu les achètent. Pourtant, ses concerts sont toujours pleins à craquer…
Pareillement, quoique Céline Dion ait pu représenter, sa carrière n’intéresse plus la critique musicale (ou ce qu’il en reste) depuis longtemps.
Mais depuis qu’elle a chanté lors de la cérémonie d’ouverture des Olympiades de Paris de 2024, elle a connu un certain regain d’intérêt populaire.
Il était donc temps de faire de nouvelles tournées (et de prendre un maximum de sous à son public).
Me voilà heureux de ne pas en faire partie, car les fans ont vraiment été pris pour des vaches à lait…
Voilà qui ne nous change guère…
1000€ le billet, il faut vraiment en vouloir !
Les chiffres sont hallucinants : 330 000 places disponibles rien que pour la France, et des billets qui sont montés jusqu’à 1000€. Mais comment cela se fait-il ?
Parce que la billetterie, AXS, a décidé de mettre en place une tarification dynamique ! Plus les billets sont demandés, plus les prix montent !
Cette entreprise aux belles valeurs s’est défendue : c’est normal que le prix des places monte à mesure qu’il y en a de moins en moins ! On fait la même chose avec le train !
Sauf que lorsque vous prenez le train, si les premières places sont moins chères, c’est justement pour faire un appel d’air — d’autant que le prix des dernières places est plafonné, du moins en principe…
Là, la billetterie savait que toutes les places allaient être vendues, puisqu’il y avait un tirage au sort !
Tirage au sort qui d’ailleurs était particulièrement propice aux fraudes, comme l’a encore souligné BFM-RMC…
« Le dernier gros truc avant Internet »
Dernièrement, le groupe Oasis s’est reformé. Critiqué à son époque pour être un sommet de grossièreté, il n’était pas dénué d’énergie, et j’étais parmi ses premiers fans en France.
Je me suis bien fait avoir le jour où, alors qu’ils étaient les vedettes du festival Rock-en-Seine, ils ont décidé de se séparer à quelques minutes de donner leur concert.
Et pourtant, 20 ans plus tard, j’ai quand même été à leur concert à Manchester, avec mes copains, me casser la voix sur leurs chansons. Heureusement, le prix des places, fort élevé, n’était en rien comparable avec celles de Céline Dion.
Enfin… s’il on met de côté le coût du voyage jusqu’en Grande-Bretagne, et le logement totalement indécent…
Si je vous parle d’Oasis, c’est que ce groupe avait tout à fait conscience d’avoir été, d’après leurs propres dires, « le dernier gros truc avant internet ».
C’est-à-dire avant que chacun ne s’enchaîne à l’écran de son ordinateur, puis de son téléphone portable…
Et c’est justement ce que les tourneurs de ces grands groupes du passé nous font cher payer, par nostalgie : un peu d’âme, le sentiment d’être emporté par la foule et de vivre un grand moment d’art et de ferveur populaire…
Avec Damien Saez, ça commence à coincer
Damien Saez est l’un des rares chanteurs français remarquables depuis la mort de Serge Gainsbourg, et ce n’est pas peu de choses, tant nous avons été peu gâtés depuis 30 ans.
Cependant, on peut regretter l’ambiance assez glauque de ses chansons, notamment Jeune et con, presque aussi morbide que le Gloomy Sunday d’avant-Guerre…
Un temps chanteur des Gilets Jaunes (Manu dans l’cul), Damien Saez a lui aussi proposé un concert où il compte jouer pendant 8 heures pour la modique somme de 386€ !
On savait qu’on avait affaire à un chanteur engagé, on ne s’attendait tout de même pas à le payer à l’heure !
Un ami, outré, m’a même soutenu qu’il était passé de « jeune et con » à « vieux et con ». À ce titre, je m’en tiendrais à Brassens : Le temps ne fait rien à l’affaire…
Que Damien Saez prenne son public pour une poire — autant qu’il s’estimait jadis lui-même — après tout, ça le regarde. Mais nous avons peut-être un mot à dire sur le tour qu’a pris la musique ces dernières années…
No business like show business
La musique est une consommation, et même une consommation encore plus importante que toutes les autres. Pourquoi ?
Parce qu’elle ne véhicule pas seulement des nutriments. La musique véhicule des valeurs.
C’était jadis la raison pour laquelle il y avait jadis beaucoup plus de critiques musicaux que de critiques conso.
Cependant, pour rendre les consommateurs dociles, on les a submergés de musique médiocre.
On nous a sommé de croire que tous les goûts se valent, puis on a mis en avant les valeurs les plus barbares avec le rap :
Mépris des femmes, éloge de l’argent pour l’argent, bassesse esthétique et morale, mauvais goût clinquant et superficiel…
Le niveau intellectuel et humain a tellement baissé que lorsque ces « artistes » arrivent encore à faire des rimes et à faire autre chose qu’éructer leur haine du reste de la société… on crie au génie !
Ce que la musique dit de nous
Mieux encore, il s’est agi de briser les genres musicaux en une multitude de sous-genre de façon à empêcher les réunions de foules, capables de devenir aussi des mouvements sociaux, comme lors du « Woodstock 1999 ».
Les derniers concerts à pouvoir réunir les masses ne doivent donc plus être qu’une occasion de pouvoir prendre un maximum d’argent à un public captif et nostalgique — comme ceux de Céline Dion.
Quant aux festivals, comme Rock-en-Seine, ils sont devenus eux aussi glauques, avec leurs bracelets code-barre, leurs signes sataniques omniprésents, et l’injonction à ne même pas s’adresser à des inconnus, car cela pourrait être apparenté à une « micro-agression sexuelle ».
Lors de l’édition 2024, la performance des Chemical Brothers s’apparentait assez clairement à une messe noire, avec le diable apparaissant en grand et répétant en boucle « trouvez-vous un dieu ».
Cela avait peu à voir avec le second degré dont se réclame un festival comme le HellFest par exemple…
La musique est donc devenue une ingénierie sociale par excellence. Et pas du meilleur goût. Mais la lutte n’est pas terminée pour autant…
Comment consommer de la musique intelligemment ?
Déjà, il faut à mon avis refuser le règne des plateformes musiques comme Spotify. J’ai une plus grande tendresse pour Deezer, qui est français, mais je reste méfiant.
D’autant que l’allemand Spotify favorise très clairement les contenus fabriqués par intelligence artificielle.
Il s’agit en fait de recompositions créées à partir de travaux antérieurs, mais sur lesquels les droits d’auteur sont pour ainsi dire absents — faute de cadre législatif suffisant et d’analyse assez poussée de l’antériorité des droits.
Aussi, pour rien au monde je ne veux souscrire à cette plateforme.
Mais si vous voulez une qualité de son proche de l’excellence, tout en ayant accès à un catalogue considérable, vous pouvez opter pour Qobuz, qui est la référence en la matière.
Rappelons aussi que lorsque vous écoutez sur une plateforme, vous êtes dépendant de votre abonnement et de votre connexion internet — il vaut mieux ne pas être sur un bateau, en voiture ou dans le train…
Et puis, vous ne possédez pas la musique ! Avec la possibilité de zapper indéfiniment, vous ne donnez plus aucune valeur à l’œuvre artistique elle-même…
Acheter la musique, c’est l’apprécier
D’où le recours régulier, pour les mélomanes, au fétiche qu’est le disque vinyle, avec une ouverture vers la bonne vieille tradition de l’audiophilie, coûteuse mais diablement élégante !
La musique de masse consiste, depuis 20 ans, à conditionner la jeunesse à la médiocrité de contenu comme de forme, pour s’assurer de ne jamais tomber en rade de produits à lui imposer.
Contre cela, il ne vous reste plus qu’à aller en quête de ces musiques de niche qui, au fond, ne sont pas si difficiles à trouver.
L’algorithme de YouTube saura vous guider paisiblement, de vignette en vignette, vers le produit idéal, celui qui saura le mieux décrire vos moments d’émotion, de joie partagée ou de solitude.
N’hésitez pas à me faire part de votre indignation dans les commentaires !
Louis Volta
J’apprécie votre article mais, finalement, tant qu’il y aura des gens prêts à dépenser des sommes exorbitantes ( considérant que la plupart on de faibles revenus), les célébrités en profiteront ….Celine Dion considère peut-être n’avoir pas assez amassé de fric après ses 10 ans de représentation à Las Vegas…tout ça est affligeant…voire même indécent…Il y a encore heureusement des artistes ou petits groupes très talentueux qui se produisent avec des tarifs nettement plus acceptables.
merci pour votre article, j’ewpere qu’il sera visionné en nombre!
Moi j’aime l’émission « the voice of germany » et « voice kids »