Chère lectrice, cher lecteur,
Depuis quelques années, les hôtels sont devenus de plus en plus inabordables.
Certes, quand il y a eu la pandémie, les prix sont momentanément descendus… pour remonter de plus belle par la suite.
Il y a quelques villes où vous pouvez encore vous en sortir, notamment les plus touristiques, lorsque vous pouvez choisir de partir « hors saison ».
Mais même cette notion a changé considérablement. Aujourd’hui, les retraités, les célibataires et les couples sans enfant (ou qui ont réussi à s’en délester momentanément) représentent le cœur de l’activité touristique.
De fait, lorsqu’un couple veut partir avec ses enfants, à moins qu’il ne soit particulièrement aisé, il n’a d’autre choix que le camping ou la maison de famille, s’il a la chance d’y avoir accès.
Donc, vous ne pouvez encore trouver des hôtels à prix décents que lorsque vous partez dans une ville touristique hors des périodes de festival ou de salons.
À Paris, par exemple, où j’ai eu le bonheur d’être réceptionniste durant mes études, il faut à tout prix éviter les mois de septembre et d’octobre (parfois même novembre), car il s’agit de la « saison haute ».
Et certains week-ends du printemps se retrouvent plus chargés que ceux de l’été. Cela laisse fort peu de place à la spontanéité !
Le scandale est un luxe (souvent nécessaire)
Mais l’hôtel, lui, malgré des prix qui ont parfois gonflé de 30 ou 40% depuis la pandémie, vous laisse une possibilité unique : celle de faire un scandale.
C’est un luxe d’ailleurs souvent indispensable, en particulier dans deux pays très proches par leur mentalité fortement mercantile et que je connais plutôt bien : les États-Unis et les Pays-Bas.
En effet, la norme là-bas (hormis dans le sud-est des États-Unis, qui s’enorgueillit d’un sens aigu de l’hospitalité), est de prendre au dépourvu le voyageur fatigué et de lui donner la pire chambre possible.
Pourquoi ? Pour faire payer le plus cher possible tout arrivant inopiné sous prétexte de lui donner une chambre de « qualité supérieure »…
Un jour, lors d’une étape en Zélande, région aussi belle que désolée culinairement, on m’a même donné une chambre sans électricité, me poussant ainsi dans mes retranchements et m’obligeant à pousser une colère homérique.
Cela signifie aussi que si vous avez du temps et un peu d’argent, je vous recommande de privilégier de petites étapes de voyage, afin de toujours arriver sur vos gardes à l’hôtel.
Rappelez-vous que les réceptionnistes vous doivent le sourire mais que la réciproque n’est pas vraie, du moins pas avant que l’on vous ait donné une chambre au moins décente.
La pire combinaison possible : la location britannique
La vigilance est de mise, surtout dans les villes les plus touristiques, où il est presque traditionnel de prendre le touriste pour un gogo.
Amsterdam était, de mon point de vue, la pire ville en termes de logement que j’aie jamais connu. J’ai tout eu là-bas : des chambres sales, une cave à lucarne en guise de logement, une salle de bains aux murs de verre…
Mais cela reste au-dessus de ce que pouvez avoir lorsque vous prenez une location britannique.
En effet, au Royaume-Uni, tout logement est hors de prix. Si vous prenez une location, attendez-vous à un confort tout à fait sommaire.
La dernière fois, quand j’ai été logé chez l’habitant, ce fut une catastrophe, car en plus de louer très cher, j’ai été fort mal reçu : il faisait un boucan de tous les diables pour faire en sorte que je ne reste pas durant la journée…
De plus, je m’en suis vite rendu compte : certains quartiers dits « de centre-ville » sont aussi bien fréquentés que certaines villes de très grande banlieue française, où l’on vous regarde par principe de travers si vous n’êtes pas du coin…
L’hospitalité reste donc un concept très méditerranéen : dans le nord de l’Europe, on vous la fait payer au prix fort. Les gestes commerciaux sont pour ainsi dire inexistants.
Ne louez jamais de chambre chez l’habitant
La façon de partir en vacances a changé. Il était assez classique de partir, jadis, à plusieurs amis ou en famille, pour réduire les coûts. On acceptait une intimité limitée et des horaires plutôt stricts.
Et puis, le principe de la location chez l’habitant s’est démocratisé, et même des couples peu fortunés ont pu partir une semaine entière. Les plateformes de location en ont beaucoup profité.
Leur succès a été un fléau pour les agences de voyage qui arrangeaient des locations et coordonnaient des vols (c’est devenu automatique depuis).
Les alternatives comme l’échange d’appartement (woofing) ou l’hébergement de rencontrer du monde (couchsurfing), restent marginales.
Jadis, les entreprises de location proposaient des appartements peu chers, mais elles se sont taillées de plus en plus la part du lion, sans compter les conciergeries qui, gérant des locations sur le long terme, prennent-elles aussi des parts importantes.
Résultat : le service le plus fréquent n’est plus la location d’appartement, mais la location de chambre chez l’habitant.
Une colocation intempestive qui peut souvent donner lieu à des incompréhensions…
Ainsi, tel hôte peut être envahissant, exiger de longues conversations, ou être froid et désagréable, quand il n’est pas outrageusement bruyant pour pouvoir redevenir maître de son logement en journée…
Aussi, si j’ai un conseil à donner de ce point de vue : à moins que vous y soyez contraint et forcé dans le cadre d’un déplacement de travail : ne louez jamais de chambre individuelle chez l’habitant.
Cela ne vaut réellement la peine que lorsque vous avez la seule jouissance pleine et entière de l’espace. Quand les seuls comptes que vous avez à rendre sont au moment où vous rendez les clefs.
Et il en va de même si vous vous retrouvez à louer votre logement sur ces plateformes, car dans les deux cas, vous serez noté ! Notre post-modernité n’a rien créé de plus désagréable… j’y consacrerai d’ici peu une bafouille.
Donc, quitte à être noté, autant que vous le soyez sur du tangible et non pas sur les attentes de votre logeur ou de votre locataire.
La location de vacances, un retour à l’Ancien Régime ?
Il y a quelques années, le grand romancier Umberto Eco, spécialiste de philosophie médiévale, avait dû prendre position sur une question qu’on lui posait sans arrêt : « retournons-nous au moyen-âge ? »
Elle est plus récemment revenue sous la plume du géographe Joël Kotkin, dont le sujet est en particulier les villes. Il a publié en 2020 un livre sur la menace du retour au féodalisme à notre époque[1].
Je ne serai pas si radical, mais il y a un fait que nous devons regarder : à mesure que notre civilisation occidentale se désindustrialise, elle retrouve des réflexes de l’époque précédente, celle de l’Ancien Régime.
Et en particulier, la division sociale que l’on retrouve si bien décrite dans Illusions Perdues d’Honoré de Balzac. À savoir la partition entre ville haute, fortifiée, et « ville basse » : jadis les faubourgs, aujourd’hui les banlieues.
Aujourd’hui, lorsque vous choisissez de prendre un hôtel, vous faites travailler des gens, vous participez à l’économie locale, même s’il ne s’agit que de tourisme.
Et en principe, il s’agit d’un tourisme de qualité, en proportion réduite, et qui respecte les lieux. Mieux encore, qui permet de les entretenir.
Mais le tourisme de masse est le noyau lui-même fait tout le contraire, et il réinstaure cette partition d’Ancien Régime entre les villes hautes, accessibles aux touristes et villes basses, où la population cherche tant bien que mal à se loger…
Un tourisme sans éthique
Voilà ce que fait la location chez l’habitant promue par les plateformes de location dérégulée :
- Elle empêche les travailleurs locaux de trouver un logement sur place, et crée une partition locale. Ce qui fait drastiquement baisser la qualité de vie de la population, obligée de subir cette pression énorme sur le marché de l’immobilier.
- Elle est indissociable d’un tourisme de masse qui détruit les sites plus qu’il ne permet de les entretenir. Certes, le Macchu Picchu n’a pas besoin des plateformes de location pour être menacé, mais qu’une ville comme Dubrovnik soit obligée d’édicter un numerus clausus de 8000 touristes dans la vieille ville pour la préserver devrait nous alerter sur notre responsabilité en tant que touriste.
- Cela détruit des quartiers entiers, voire des centres-villes entiers qui ne sont plus que des sites touristiques et qui perdent tout charme particulier. Même les habitants qui s’acharnent à maintenir un niveau de vie suffisant ne peuvent plus profiter de la ville. Pour ceux qui veulent accéder à une location ou à une propriété sur place, c’est devenu quasiment impossible.
Aussi, désormais, il n’est pas rare de voir des graffiti anti-Airbnb dans certaines grandes villes. J’en ai vu à Porto, à Édimbourg. Le mouvement devrait gagner les capitales elles-mêmes d’ici quelques années.
Certes, des municipalités courageuses ont pris le parti d’interdire les sites de location chez l’habitant, mais cela reste exceptionnel, car les villes qui ont goûté au tourisme de masse ont à présent peur de s’en passer…
Il ne nous reste donc plus qu’à les prendre pour ce qu’ils sont : du tourisme bas-de-gamme et il ne revient qu’à nous d’arrêter de les utiliser.
Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires, j’ai hâte d’avoir vos impressions,
Louis Volta
Sources
[1] The Coming of Neo-Feudalism: A Warning to the Global Middle Class, Encounter Books, 2020
Cet article était très pertinent et a ciblé le mal-être touristique actuel. Les gens en ont plein la bouche de ces « Airbnb » comme s’ils étaient fiers d’y avoir accès…. cela pour être dans le « vent ». Je préfère garder ma stricte indépendance par le choix d’un hôtel qui me convient, simple, propre et sécurisé…. bien que les prix ont largement explosé. J’ai fait l’expérience d’une chambre d’hôte. J’ai trouvé cette solution, outre onéreuse, très étouffante. Et je regrette que certains touristes n’aient pas le respect qu’il convient quand ils visitent des lieux historiques. Merci encore pour votre article.
C’est tellement vrai. Le tourisme de masse est une catastrophe. Je suis totalement contre les hébergements de type Airbnb, qui, de plus, peuvent être non sécuritaires, ne faisant l’objet d’aucune inspection. Voyez plutôt l’incendie de cet appartement Airbnb dans le Vieux-Montréal : des gens qui n’ont pu échapper à un incendie, puisqu’ils n’avaient accès à aucune sortie de secours, y sont morts, une horreur… Je préfère de loin encourager un hôtelier qui se conforme à des normes, et qui crée de l’emploi.
C’est la triste réalité et la France en voie de « tiers- mondisation » s’accroche à son activité touristique sans voir les dégâts causés par le tourisme de masse qui exclut la population française de son territoire comme le fait l’immigration de masse. La surpopulation et ses dégâts écologiques et sociaux.
Tout à fait d’accord avec vous, Nat, la surpopulation dans les sites touristiques est un désastre écologique, avec surconsommation d’eau et destruction de l’environnement. Et les déchets laissés dans la nature laissés par des indélicats.
Bjr , j’ai la chance de vivre au bord de la mer , je suis triste de voir que beaucoup de choses se dégradent, je ne sais pas si la fréquentation de certains sites est une bonne chose mais je n’ai pas de baguette magique . Bonne journée.Merci