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La fin des restaurants ?

Chère lectrice, cher lecteur,

Je reviens presque toujours à Paris au moment de la rentrée, et jusqu’ici, puisque j’y faisais des séjours assez courts, je ne m’inquiétais guère des additions au restaurant, que je trouvais cependant de plus en plus salées…

La semaine dernière, je donnai rendez-vous à un vieux copain, et là, je me retrouvai à payer 36€ pour trois pintes. En regardant l’addition, j’ai cru à une hallucination.  

Je me suis naturellement promis de ne plus jamais aller chez ce bistrotier et, ravalant mes malédictions (pour ne pas alourdir mon karma), j’ai péniblement sorti mes billets de la poche, sans laisser le moindre pourboire.

Certes, le quartier des Halles peut se permettre de pratiquer ces prix-là (bien qu’il ne les affiche pas très bien…), mais il ne faut pas exagérer !

En effet, étant le point le plus central de Paris, le plus connecté à la banlieue et donc le plus accessible aux 12 millions d’habitants que compte l’aire urbaine de la capitale, les restaurateurs y ont la fâcheuse habitude de ratisser le client…

Car pour chaque buveur de bière mécontent, comptez dix innocents qui viendront le remplacer…

En dessous de 30€, point de salut !

Mais cela ne s’arrête plus aux quartiers les plus fréquentés de Paris…

Car il devient de plus en plus compliqué de bien manger au restaurant pour des prix qui ne soient pas délirants.

Dans les centres des grandes villes, pour moins de 30€ (sans le vin), vous mangerez le plus souvent mal, ou trop peu pour vous contenter.

Certains restaurants sont devenus tellement « touristiques » que vous n’y trouvez plus un Français : aucun ne paiera pour un tel « rapport qualité/prix ».  

Et même les bons restaurants sont moins alléchants qu’auparavant : les produits sont moins frais et les additions très élevées : comptez en moyenne 30% de plus en 5 ans.

Sans compter les pseudo-restaurants que l’on trouve dans les centres commerciaux et bien des « nouveaux quartiers », où médiocrité et cherté sont tous ensemble la norme ! 

Et là, c’est tout un mode de vie qui s’effondre…

Thierry Marx tire la sonnette d’alarme

Malgré ce que pourrait évoquer son nom, Thierry Marx est un entrepreneur, et pas n’importe lequel. C’est un cuisinier de grand renom et le représentant officiel de son secteur d’activité.

Et il s’alarme, Thierry Marx, soulignant que 25 restaurants ferment par jour en France[1]. Et quand il parle de restaurants, il parle d’établissements sérieux, qui font la nourriture eux-mêmes, pour l’essentiel.

Il argue du prix de l’énergie, des matières premières (il faut du gaz pour chauffer, de l’électricité pour éclairer etc…), des prêts accordés par l’État durant le Covid qu’il a fallu rembourser…

Le prix de la nourriture lui-même n’a cessé d’augmenter, ce que tout un chacun peut voir en allant au supermarché. Quant au personnel, puisqu’il s’agit de métiers durs, il ne reste pas s’il n’est pas payé au moins en conséquence…  

À tout cela, on pourrait répondre que, si nous n’étions pas rentrés dans le manège ignominieux de l’ARENH, c’est-à-dire la politique énergétique de l’Union européenne, tous ces problèmes n’existeraient simplement pas.

Car il ne faut pas s’étonner d’avoir une économie qui s’effondre, quand on considère qu’il est bon d’avoir une énergie chère. On récolte ce qu’on sème, non ?

Ceci a naturellement créé une rupture entre les attentes de la clientèle et l’offre de restauration. Plus qu’une rupture, peut-être un fossé. Et plus profond qu’on ne le croit.

La fin du monde d’avant est bien visible

Un article du Monde de mars 2025, mais toujours d’actualité, élargit un peu la perspective[2] :

  • Le télétravail réduit la fréquence des déjeuners entre collègues de bureau, ce qui représente un manque à gagner considérable pour les restaurateurs.
  • Les « petits plus » sur lesquels les consommateurs font l’impasse, comme le café, le verre de vin et le dessert, et qui représentaient pour les restaurateurs les points sur lesquels ils pouvaient faire de la marge facilement.
  • Toute une génération de restaurateurs met la clef sous la porte, ce qui représente une catastrophe en termes de savoir-faire et même d’activité, que ce soit dans les villes ou les zones rurales.

Il faut dire que le prix des cafés est devenu délirant (3€ en terrasse désormais), alors qu’il coûte deux fois moins cher en Italie par exemple, tout en étant notoirement meilleur…

Globalement, en trente ans, le prix du café au comptoir a été DÉCUPLÉ ! Il est passé de 1 franc à 10 francs (1,5€) !

Quant au vin, il semble dans ce domaine aussi que les restaurateurs aient perdu la raison. Ailleurs qu’en France, il sera vendu 50% plus cher qu’au détail ; en France, c’était jadis 3 fois plus cher…

Mais dans le « monde d’après » la pandémie, la bouteille de vin coûte jusqu’à 5 fois plus cher au restaurant qu’en supermarché !

À partir de là, tous les subterfuges sont bons : vins bio, biodynamie… le fossé entre l’offre et la demande se creuse donc…

Le Monde le souligne en assurant que les menus ne se sont pas adaptés à la clientèle végane. Clientèle au demeurant fort peu festive ! Mais on ajoutera aussi que sur les allergènes, il y a aussi beaucoup d’efforts à faire…

La fin de la vie bonne ?

Il se trouve qu’aller au restaurant, en France, c’était quelque chose d’assez communément partagé.

Et quand je parle de restaurant, je veux dire un vrai restaurant : où la nourriture est cuisinée, le vin choisi, les rations généreuses, et la tradition, sinon de terroir, du moins française…

Mais cela devient inabordable. Car la crise énergétique ne touche pas que l’éclairage de salle et le gaz de cuisine : elle touche aussi la nourriture.

En effet, l’importation de matières premières à tout crin exige du transport ; le transport exige du carburant ; le carburant coûte de plus en plus cher parce que l’Europe désindustrialisée s’appauvrit de jour en jour.

Ensuite, il y a évidemment la baisse du niveau de vie et l’horizon qui s’assombrit : on organise moins de « gueuletons » mémorables…  

Le gouvernement ne veut rien voir, mais jusqu’à quand ?

Les derniers éléments, et non pas les moindres à participer à la grogne des restaurateurs, sont la pluie de normes et le flicage fiscal.

Car cela crée une différence de traitement entre les entreprises. Les grandes chaînes s’en sortent nécessairement mieux que les établissements de taille raisonnable, qui privilégient le soin.

Sans compter que les grands groupes peuvent arranger leur réputation à leur gré pour toujours bien paraître sur Google…

Le petit établissement, quand il embauche un remplaçant désagréable pour le service, subit une tache quasi-indélébile sur sa réputation.

Et ce n’est pas fini ! Car les grandes chaînes ont des formules pensées pour fonctionner avec la livraison à domicile, avec un personnel très peu qualifié et peu rémunéré sur lequel l’État ferme évidemment les yeux.

Pour chaque restaurant qui ferme, les politiques nous assurent qu’une autre « entreprise » ouvre.

Il s’agit presque toujours, comme nous en avions parlé précédemment, d’une micro-entreprise de livraison sur laquelle travaillent 3 ou 4 employés sous-payés… 

Après, on s’en va vous prétendre que l’économie de la restauration reste florissante…

La civilisation de l’isolement 

La réduction du nombre de restaurateurs représente une catastrophe sociale aussi, car nombre de personnes âgées venaient trouver chez eux un peu de vie, un peu de discussion.

Et pas seulement les personnes âgées… puisque les travailleurs indépendants sont de plus en plus nombreux.

Manger seul chez soi ne permet pas de confronter ses idées aux autres, d’adopter d’autres points de vue, ni même partager un bon moment avec quelqu’un de différent de nous.

Manger seul chez soi, c’est recevoir la propagande des journaux subventionnés sans contredit. C’est rester dans sa bulle.

C’est accepter que l’espace public devienne une poubelle, comme c’est désormais le cas presque partout en Europe, tant qu’on a son petit chez soi garanti.

La restauration ubérisée représente donc une double peine : l’exploitation du travailleur et l’isolement du consommateur.

Le restaurateur en Porsche : une exception

Le restaurateur qui essaie de se rattraper de tous les côtés (cuisiniers clandestins ; livraisons Uber ; vins, desserts et cafés exorbitants…) ne fait que mettre des rustines à un système qui exige une réforme en profondeur.

Alors bien sûr, certains tirent leur épingle du jeu de façon assez malhonnête, mais si c’était si facile, des millions le feraient. Et ce n’est pas le cas.

Les restaurateurs exigent seulement que l’on arrête de les écraser avec toutes sortes de normes et une pression fiscale délirante, comme le reste de la France qui travaille, d’ailleurs.

Et de l’autre côté, il est temps de taxer très lourdement l’ubérisation de la société, puisqu’elle a créé trop d’accros pour qu’on l’interdise.

Pour ma part, comme je vous l’ai dit, cela fait des années que je boycotte les services de cuisine en livraison : faire couler des petites entreprises locales pour en favoriser de très grosses qui paient leurs impôts à l’étranger, non merci.

Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires, j’ai hâte de vous lire,

Louis Volta       


Sources :

[1] https://www.facebook.com/BFMTV/videos/25-restaurants-ferment-par-jour/3989355151322616/

[2] https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/24/dans-les-restaurants-hausse-des-defaillances-et-crise-de-confiance-chez-les-clients_6585333_3234.html?srsltid=AfmBOoqdIHusGec7gFxWnfq2Cpuzkr65bS0VV9I9quwEpN8HVgC3dDRi — Jessica Gourdon, « Les restaurants de plus en plus nombreux à fermer, faute de clients et de marges suffisantes : « Il y a toute une génération qui arrête » in Le Monde, 24 mars 2026.

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2 Commentaires
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Schultz
Schultz
il y a 1 minute

Oui, en effet on remarque que les corrompus s’en sortent au détriment des honnêtes !

Marie-Jo
Marie-Jo
il y a 27 minutes

J’ai beaucoup apprécié cette lettre qui correspond à la dure réalité.

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