Chère lectrice, cher lecteur,
La question est sur toutes les lèvres depuis quelques semaines, et l’inquiétude n’avait cessé de monter depuis plusieurs mois.
L’Intelligence artificielle (IA) consomme énormément d’eau. Et pire encore, elle le fait dans des pays qui en ont grand besoin.
C’est un article de FranceInfo qui nous l’apprend : 43% des centres de données, nécessaires pour faire fonctionner les intelligences artificielles, sont situés dans des pays qui sont dans une situation hydrique critique[1].
Et ce chiffre n’est pas issu de nulle part, mais de la célèbre société d’analyse financière S&P Global.
L’article multiplie les exemples de villes où la consommation qu’entraîne l’intelligence artificielle peut monter jusqu’à la moitié de la ressource annuelle en eau potable…
Quand les chiffres ne veulent plus rien dire…
La réalité, et c’est l’article lui-même qui pointe cette contradiction, est que nous n’avons pas les bons chiffres.
Ainsi, Sam Altman, le patron de OpenAI, l’entreprise qui a inventé ChatGPT, estime que chaque requête auprès de l’intelligence artificielle consommerait en eau un quinzième de cuillère à café.
Tandis que d’autre part, selon l’ADEME, l’agence française de l’environnement, la production d’une paire de jeans représente 30 000 litres d’eau, et un café, 64 litres d’eau.
Le principe est donc évident : à force de charger la mule et de sortir des chiffres de pollution mirobolants pour évaluer le moindre geste de consommation, on a perdu toute notion d’échelle.
Les magnats de l’intelligence artificielle s’en donnent donc à cœur-joie !
D’autant que les requêtes personnelles auprès de l’IA, qui sont ici données en exemple par Sam Altman, sont infiniment moins consommatrices en ressources que les programmes qui utilisent ces machines…
On ne saurait donc mieux manipuler les chiffres, dès lors que l’échelle est faussée…
Nous vivons dans un brouillard informationnel
J’avais écrit il y a quelques temps pour vous parler d’un problème que l’IA représentait du point de vue des connaissances et de la manipulation de l’opinion.
Il semble, de semaine en semaine, qu’il ne s’agisse que de la partie émergée de l’iceberg.
L’IA produit énormément de bouillie (le « slop », littéralement du « bâclage »).
Il s’agit de discours imprécis produits à la chaîne, ou de vidéos qui illustrent des propos eux aussi souvent imprécis, avec des images improvisées.
En gros, l’intelligence artificielle inonde l’internet de contenu de mauvaise qualité qui représentent un brouillard informationnel. Et c’est tout particulièrement le cas pour les réseaux sociaux.
Finalement, ce brouillard informationnel représente un obstacle à la diffusion d’une information de qualité, et plus généralement, à la santé du débat public, quel que soit le sujet abordé.
L’IA est-elle en train de détruire l’économie ?
Si l’accumulation des vidéos et des textes inutiles paraît irrationnelle, chacun de ces « contenus » est pourtant un compromis tout à fait logique.
Il se fait entre :
- le besoin d’une réponse courte de la part de l’usager,
- une recherche courte de la part des machines, qui doivent optimiser l’usage de leurs ressources, et enfin,
- l’apparence de sérieux, qui fait produire des discours très longs (ou des vidéos entières) pour expliciter des informations très courtes.
Or la saturation de ces discours et vidéos nuit à l’intérêt public, mais aussi aux intérêts privés.
En effet, les seuls à pouvoir imaginer tirer un bénéfice de cette situation, hormis les entreprises IA elles-mêmes, sont les réseaux sociaux et les plateformes de distribution.
Pour le reste, il devient de plus en plus difficile pour les clients de distinguer des acteurs économiques fiables dans le tas.
Résultat : en brouillant le jugement politique, mais aussi commercial de la population, l’IA nuit à l’économie plus qu’autre chose…
Le niveau intellectuel en chute libre
Puisqu’il devient de plus en plus difficile de trouver des réponses de qualité, dès lors qu’elles sont noyées dans la bouillie informationnelle, un constat pour le moins étonnant s’impose :
C’est tout l’internet qui perd en crédibilité puisque la quantité l’emporte tout à fait sur la qualité.
Enfin, naturellement, il y a la question du conditionnement… Les générations qui viennent croient être savantes parce que l’IA les flatte à la moindre requête.
Sans éducation à l’IA, la jeunesse ne veut même pas savoir plus que ce qu’on lui a prodigué, elle ne cherche pas à réfléchir par elle-même, et acquérir un savoir-faire en termes d’éloquence lui apparaît tout à fait vain.
Les autres générations, tombant dans le même piège, en arrivent même à perdre des capacités de concentration et de rédaction…
De fait, l’IA ne fait pas seulement baisser la qualité du public, c’est la capacité de penser et de travailler de la population tout entière qui s’effondre.
Par conséquent, il y a une question qui ne peut pas ne pas se poser :
Puisque les réseaux sociaux représentent un oligopole californien (hormis ce dépotoir mental qu’est TikTok), qu’attendent-ils pour interdire les contenus IA ?
Si en plus ils polluent terriblement…
La révolution contre les machines commence maintenant
Quand j’étais petit, je n’étais pas bien capable de lire Platon et Nietzsche, donc la seule philosophie à laquelle j’avais accès était celle des films. Mais pas n’importe lesquels : ceux de l’Amérique reaganienne.
Dans Alien, j’ai appris que la société était prête à n’importe quoi pour gagner de l’argent, même à courir le risque de s’autodétruire. Mais il y avait un autre film, qui m’a enseigné la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel.
Ce film, c’était Terminator, de James Cameron.
Cette œuvre nous enseignait, à nous les enfants, qu’à force de reposer sur la puissance des machines, elles auraient la capacité de nous détruire, ou du moins de nous dominer complètement.
Mais dans notre réalité à nous, les machines n’ont pas besoin de produire des robots tueurs, il leur suffit de nous donner un pouvoir démesuré pour que nous cherchions nous-mêmes à nous détruire !
Ça, Hegel ne l’avait pas prévu.
En revanche, là où le philosophe nous avait mis en garde, c’est lorsqu’il nous disait que le pouvoir résidait dans le savoir-faire.
C’est parce qu’il sert, et donc qu’il sait comment servir, que l’esclave devient assez puissant pour renverser le maître.
Il faut certes que l’IA reste un outil, mais surtout, il s’agit d’être capable de vous en passer quand vous voulez. Et comme nous l’avons vu, cela représente un enjeu écologique majeur.
Car pour penser, il existe une machine qui ne demande pas plus de deux ou trois litres d’eau par jour.
Ça s’appelle le cerveau humain !
Si en plus s’en servir est un acte écologique… qu’attend-on pour en faire un usage intensif ?
Au plaisir de vous lire dans les commentaires, et n’hésitez pas à faire tourner.
Louis Volta
Source
[1] https://www.franceinfo.fr/internet/intelligence-artificielle/il-y-a-un-probleme-de-transparence-que-sait-on-de-la-consommation-en-eau-des-data-centers-qui-abreuvent-internet-et-l-ia_7809896.html — Luc Chagnon, « « Il y a un problème de transparence » : que sait-on de la consommation en eau des data centers qui abreuvent internet et l’IA ? » in FranceInfo, 15 mai 2026.