Littérature française — catastrophe industrielle

Chère lectrice, cher lecteur,

Quel est le plus grand mal de notre siècle ? Assurément, la baisse de la culture livresque.

Et c’est une tragédie — car maintenir la démocratie dans une société qui ne lit plus, qui ne s’instruit plus, qui ne fait plus d’effort intellectuel, c’est impossible.

Autrefois, quand il n’y avait que la télévision, il suffisait de l’éteindre, et on ne la portait pas sur soi, avec soi, en permanence. De plus, il y avait des émissions littéraires passionnantes… ce qui n’est plus le cas.

Désormais, nous portons nos écrans avec nous, l’intelligence artificielle prétend faire des résumés de ce que nous devons savoir, et la « crainte de manquer quelque chose » (FOMO) a remplacé toute curiosité.

En somme, nos sociétés basculent dans l’illettrisme — impossible, pour beaucoup de nos contemporains, de lire un texte et de le comprendre. Encore moins d’écrire…

Je m’alarme chaque année de perdre des amis dont la conversation s’est complètement vidée de toute substance. Et dont la vie se résume aux fonctions animales et à leur travail — bientôt menacé par l’IA…  

Or il faut le reconnaître, nous sommes tous menacés !

Personne n’est épargné par ce danger d’être transformé en consommateur zombie, qui ne veut pas voir l’avenir, parce qu’on le lui peint en couleurs assez affreuses.

Contre cela, il n’y a que deux solutions, assurément : la lecture et l’écriture. Et de ce point de vue-là, il n’y a pas de raison de se priver : vous méritez ce qu’il y a de mieux !

Pourquoi il n’y a plus de bons livres qui sortent ?

La question se pose avec la même acuité que pour la musique, à laquelle j’ai consacré il y a quelques temps une lettre récente, que vous pouvez retrouver sur notre site.

En effet, la littérature contemporaine est une catastrophe. La critique littéraire a disparu, hormis chez quelques rares résistants comme Juan Asensio.

Pourquoi ? Parce que toute la presse subventionnée, comme le monde de l’édition, se résume désormais à un seul bloc sociologique — terreau fertile au népotisme.

Résultat : même dans les quotidiens les plus sérieux, il est rare que les journalistes aient jamais lu le livre dont ils parlent…

Sauf s’il s’agit d’un livre lourdement idéologique — et dont le propos tient en fait en quelques lignes.

Car c’est ainsi que fonctionnent les essais désormais : 10 ou 12 pages de contenu, délayées sur 120 à 240 pages de constante répétition.

Les essais du philosophe Michel Onfray, par exemple, en sont l’exemple type, malgré la pertinence fréquente de ses propos.

Ce qui nous conduit à la deuxième raison de l’effondrement des achats de livres neufs (-5% depuis le mois de janvier[1]).

Il s’agit du marketing.

Les éditeurs français ont la punition qu’ils méritent  

En effet, la financiarisation de l’économie a conduit à la maximisation des profits des grandes compagnies, y compris celles du livre.

Cela se ressent dans les pratiques mercantiles.

Le marketing consiste à privilégier systématiquement la copie de ce qui a déjà marché, au détriment de toute nouveauté.

Car toute originalité est conçue comme un risque esthétique, qui se trouve aussi être un risque économique pour les éditeurs.

Donc, plus vous êtes original ou novateur, moins vous avez de chances d’être édité. C’est aussi simple que cela. La prime est au conformisme.

Et si vous voulez être édité, il vaut mieux être déjà connu par ailleurs — sur les réseaux sociaux, cela va de soi.

En somme, l’auteur n’est signé que s’il arrive déjà avec sa clientèle !  

Le triomphe du mauvais goût, préparé depuis longtemps

De plus, la multiplication innombrable des éditeurs, due aux subventions européennes des imprimeries dans les pays de l’Est, a encore fragilisé le modèle de ces entreprises.

En effet, ils sont tous devenus des gagnes-petits cherchant à plaire au plus grand nombre. Ils lissent leur offre, privilégiant la quantité sur la qualité.

Et à long terme, l’effet est désastreux : le public a été conditionné à la mauvaise qualité. Les éditeurs ne s’en plaignent pas, surtout les plus gros : ça réduit le risque.

Résultat ? Ce sont aujourd’hui les romans à l’eau de rose, version « trash », et maquillés sous le nom de new romance, qui marchent le mieux, surtout auprès des jeunes lectrices (47% des ventes chez les 15-19 ans)[2]

Jadis, on cachait ce genre de lecture, peu subtile, et encore moins stimulante intellectuellement. Désormais, elle est célébrée pour sa surenchère de scènes peu ragoûtantes…

Il a fallu qu’elle sombre dans les pires atrocités (le récent Corps à Cœur de Jessie Auryann) pour qu’elle finisse par rencontrer la censure.

Le lecteur français s’ennuie

Et donc, il achète moins de livres neufs, c’est mécanique.

Et il s’ennuie d’autant plus que la Grande librairie, dernière émission littéraire à passer sur le service public, est tout aussi inintéressante que le paysage littéraire français éminemment népotique.

Nous sommes bien loin des émissions de Bernard Pivot qui rencontraient un vrai succès populaire. Et même la chaleur humaine et la passion de François Busnel ne sont plus que des lointains souvenirs.

Nous voilà à devoir admirer des auteurs qui n’ont été connus que pour le parfum de scandale qui les embaumait jadis, et qui s’est depuis bien longtemps évaporé.

En témoigne le faux scandale Grasset : le départ courroucé de toute une clique d’auteurs orduriers, suite au limogeage d’un éditeur qui était plutôt leur banquier, leur donnant des avances rondelettes sur leurs livres désormais soporifiques[3].

Quoique ces auteurs ne suscitent plus guère l’intérêt du public, et depuis longtemps, les journalistes se sont empressés de les défendre. Ce sont eux qui choisissent l’élite intellectuelle — pas vous !

C’est ce qui explique que les Français se tournent désormais de plus en plus vers les classiques, ou les livres d’occasion, voire les deux.

Dans une de mes prochaines lettres, je vous ferai part de mes petits conseils pour ne pas vous ennuyer sur la plage cet été, et surtout, comment renouveler votre « matériel » littéraire (liseuse, carnets…)

D’ici là, faites-moi part de votre dernier livre préféré, j’ai hâte d’avoir vos recommandations !

Louis Volta


Sources

[1] https://www.rtl.fr/actu/economie-consommation/on-a-fini-par-aggraver-la-chute-du-marche-du-livre-francois-lenglet-explique-comment-la-politique-du-prix-unique-a-acte-le-declin-des-librairies-gibert-7900628808 — François Lenglet, « « C’est la bérézina » : François Lenglet explique comment la « politique du prix unique » a acté le déclin des librairies Gibert » in RTL, 28 avril 2026.

[2] https://www.livreshebdo.fr/article/new-romance-la-lecture-renouvelee — Claude Poissenot, « New Romance : la lecture renouvelée » in Livres Hebdo, 15 septembre 2025

[3] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-l-integralite-de-la-lettre-de-depart-et-la-liste-des-115-auteurs-signataires-qui-quittent-la-maison-d-edition_6680470_3234.html — « Grasset : l’intégralité de la lettre de départ et la liste des auteurs signataires qui quittent la maison d’édition » in Le Monde, 16 avril 2026.

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25 Commentaires
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marie
marie
il y a 1 mois

le dernier livre que j’ai lu :
Frédric MEDINA = « La vie après la vie »

Anne
Anne
il y a 1 mois

Je déplore également que le tout puissant portable auquel tout le monde est addict,contribue à l’enterrement de la culture.
Les réseaux sociaux sont en grande partie responsables.Il ne faut pas se voiler la face,l’arrivée de toute cette immigration ,
ce mixage ethnique tire forcément la culture vers le bas.Tous ces gens n’ont ni les mêmes cultures, ni les mêmes religions.Ils sont de plus en plus nombreux et certains ne font aucuns efforts d’intégration.Comment voulez vous entretenir et faire évoluer le savoir
et l’histoire Française avec une population étrangère,qui n’a pas les mêmes raçines, toujours grandissante?
Revenons aux bons vieux téléphones clapés , limitons l’immigration et la France Culturelle de nos ai eux ne s’en portera que mieux !
Il faudrait également intensifier les cours de Français en miileu scolaire quelque soit niveau.

Christine P.
Christine P.
il y a 1 mois

Désolée pour mes sourires (icônes) qui se sont transformés en points d’interrogation!

Christine P.
Christine P.
il y a 1 mois

Bonjour ????. Étant retraitée, je lis énormément, comme lorsque j’étais ado! Deux romans nordiques m’ont énormément chamboulée ces derniers temps : Le sang versé d’Åsa Larsson et La proie d’Yrsa Sigurdardottir. Je les recommande chaudement et je dois admettre que j’ai un faible pour les romans suédois, finlandais, norvégiens et islandais! Mais ces deux derniers se démarquent particulièrement selon moi.????

Françoise
Françoise
il y a 1 mois

Votre analyse est très claire et la comparaison avec la « musique » m’enchante. J’ai lu les avis ci-dessous et je ne vous trouve pas très sombre mais très lucide. Les personnes qui vous répondent sont des lecteurs et peu importe leur goût : ILS LISENT. Oui on trouve encore des livres variés mais il faut chercher afin de ne pas être déçu, le matraquage radio est infernal tout comme pour la musique qui arrache les oreilles si vous êtes bloqué sur une seule station : il faut aimer celui-ci ou celle-là tout comme il faut posséder ceci ou cela. Vive radio classique.
Je suis effarée par le désintérêt de la plupart des jeunes gens pour la lecture. Il faut dire aussi qu’ils quittent l’école primaire sans avoir acquis beaucoup de vocabulaire. Et si leurs parents ne lisent pas ..ne les intéressent pas, il n’y aura aucun échange possible concernant la lecture
Je n’évoque que la lecture et pas la littérature : mot qui fait peur !
J’ai apprécié LA MAISON VIDE . Un commentateur radio avait évoqué ce prix Goncourt en disant : « attention, il y a beaucoup de descriptions, l’auteur entre vraiment dans le détail »… mais j’ai apprécié d’autres livres plus légers qui m’ont faire sourire voire même rire ce qui est très agréable quand on traverse une période difficile

Une jeune prof de Français remplaçante nous avait demandé ce que nous cherchions dans un livre, nous demandant aussi notre réaction par rapport aux personnages. La réponse presque unanime des élèves avait été : je cherche le personnage qui me ressemble. Elle avait rétorqué : pourquoi ne pas chercher le personnage qui est votre opposé ?
Ce Professeur avait secoué un peu la routine, tout comme une prof plus âgée nous avait interpellées alors que la classe n’était pas enthousiaste à l’idée d’ étudier Phèdre, nous faisant remarquer qu’elle était une femme amoureuse ! Ce qui changeait (presque) tout !

Serge B
Serge B
il y a 1 mois

L’art de la joie de Goliarda Sapienza. C’est une traversée du XXe siècle, avec des aspects vraiment dérangeants et non conventionnels, contrairement aux sorties littéraires les plus courantes.

xxxxxxx
xxxxxxx
il y a 1 mois

Pas d’accord du tout sur Grasset.
De très bons auteurs sont partis.
Bolloré fait de la politique pour l’extrême droite, pas de l’édition.

Morisset
Morisset
il y a 1 mois

Je ne serai pas aussi catégorique que vous. Augustin Trapenard, est très intéressant, très érudit, bien sûr un peu trop pédagogue,
ce qui peut en gêner certains.
Je recommanderais, « La maison vide » de Laurent Mauvignier, » Le silence de mon père » de Doan Bui , »Villa des femmes » de Charif
Majdalani., »Hors champ » de Marie-Hélène Lafon entre autres.

Catherine de Kermel
Catherine de Kermel
il y a 1 mois

Jeanne de Barry Emmanuel de Warresquiel

Dollo-Koller
Dollo-Koller
il y a 1 mois

Bonjour,
Je vous trouve un tantinet trop sombre. Il y a encore de bons auteurs et de bons essais et romans.
Je viens de finir « la tâche » de Philippe Roth et je commence « Virevolte » de Nancy Houston.
Les 2 sont passionnants.
Mon livre de chevet, c’est à dire que je transporte pas dans mon sac car trop lourd et trop intense à lire longtemps, c’est « La fin de l’homme rouge » de Svetlana Alexievitch, bouleversant témoignage sur l’histoire de citoyens sacrifiés par des dogmes successif.
Bonne journée et bonne lecture !

Philippe
Philippe
il y a 1 mois

Salut Louis, il s’agit du dernier livre de Romuald Letterrier (ethnobotaniste) et de Jocelin Morisson (journaliste scientifique) sur la rétrocausalité, les synchronicités et l’alchimie : « LE SECRET DE LA VIE », paru chez Guy Trédaniel. Passionnant !

lamiral
lamiral
il y a 1 mois

Impact d’Olivier Norek et les Belles promesses de Pierre Lemaître

Annequin
Annequin
il y a 1 mois

Je corrige mon commentaire: le titre est inexact. Les guerriers de l Hiver. Livre très bien écrit qui vous tient en haleine, et vous émeut au fur et à mesure du récit.

Annequin
Annequin
il y a 1 mois

Mon livre préféré de 2026 : un guerrier en hiver de Nolek.

Tisserand
Tisserand
il y a 1 mois

Avec les fées de Sylvain Tesson. Un bijou de lecture comme on en voit rarement . Mais attention, un dictionnaire s’impose à côté de soi car ses écrits sont d’ une richesse incroyable et rare aujourd’hui.

Martinet
Martinet
il y a 1 mois

Oui, c’est un drame, mais qui n’est que la partie visible de la destruction méthodique des cerveaux entreprise par les « pédagogistes » (« la lettre tue! ») de Jospin, très facilitée par les médias, les smartphones, internet et les réseaux sociaux. Ça se manifeste partout, y compris chez les électeurs et au parlement (parle… ment !).
Il faudrait une génération pour s’en remettre, mais nul ne pourra le faire. N’est pas Napoléon qui veut !
Dernier livre: Le protocole 100% naturel, de Xavier BAZIN. Excellent !

Chauveaux
Chauveaux
il y a 1 mois

j’ai découvert une autrice que j’aime beaucoup Cécile Coulon « la langue des choses cachées » et le « le visage de la nuit »
j’aime son écriture et sa poésie et puis le côté mystérieux un peu envoutant de ses histoires.

Monique
Monique
il y a 1 mois

Les guerriers de l hiver d Olivier Norek

Murielle
Murielle
il y a 1 mois

Bonjour! Merci pour cette lettre dont je partage les idées. Je propose Henri Vincenot : « les étoiles de Compostelle » (« Rempart de la miséricorde » et « l’œuvre de chair » du même auteur aussi), ainsi que  » A la gloire de Marseille » de James Welsh.

Jerome
Jerome
il y a 1 mois

Récit insolite d’une jeunesse ordinaire de Jacques Pezzana
Enfin un livre de divertissement qui redonne le sourire et qui permet d’oublier son quotidien.

Dominique Pierre
Dominique Pierre
il y a 1 mois

Bjr je lis essentiellement des polars…mais je vous recommandés des livres écrits par des simples personnes avec une ecrivaine Cécile BERLY..le 1er L ettres à notre territoire et le 2ème Le Corps des Femmes en toutes lettres…des témoignages vrais et très beaux….le 3ème qui sortira en octobre Chère Olympe de Gouges….nous avons des jeunes collégiennes et le foyer de vie de l hôpital qui nous rejoignent

Gaboyer Monique
Gaboyer Monique
il y a 1 mois

Mon dernier préféré :  » La révolution intérieure » J’ia beaucoup aimé car en plus de l’écriture c’est, hélas, tout à fait d’actualité.

J’ai recemment pris le train et constaté que personne ne lisait, seulment regarder le téléphone portable !!! Désolant !

Murielle
Murielle
il y a 1 mois

Bonjour! Merci pour cette lettre dont je partage les idées. Connaissez-vous « les étoiles de Compostelle » d’Henri Vincenot (dont j’ai aussi apprécié « Rempart de la miséricorde » et « L’œuvre de chair »?) Et le roman « A la grâce de Marseille » de James Welsh? Ou « l’oracle della luna » de Frédéric Lenoir?

Dubouchet
Dubouchet
il y a 1 mois

Olivier Norek. Les Guerriers de l’hiver

Monique
Monique
il y a 1 mois
Répondre à  Dubouchet

Je viens aussi de le recommander !!

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