Ils crient « IA », j’entends « hi-han »

Réalité augmentée et surcharge numérique : l'espace public envahi par les notifications

Chère lectrice, cher lecteur,

Petite confession : l’intelligence artificielle ou IA suscite chez moi des sentiments mêlés. En effet, je ne peux m’empêcher d’hésiter entre la crainte et la consternation.

Bien sûr, j’aurais pu vous écrire ce titre : « Pourquoi je hais l’IA », mais c’est exactement ce que l’IA aurait pu écrire pour moi.

Pour une simple et bonne raison : l’IA est l’outil intellectuel par excellence, et comme tel, il est en train de produire la plus grande atrophie cérébrale qu’on ait vu dans l’histoire de l’humanité.

Il est possible que la civilisation n’y survive pas. Peut-être toute l’espèce y succombera-t-elle ! Ce n’est même pas une plaisanterie…

À vrai dire, depuis qu’Internet est le miroir de sa médiocrité, l’humanité trouve de moins en moins de raison de s’aimer…

La foule des zombies grossit chaque jour !

Mais soit ! Ici, je parle en homme qui a connu le XXème siècle et qui sait que l’humanité n’est pas seulement capable du pire, elle est aussi capable du meilleur, pour peu qu’elle ne s’avachisse pas dans la complaisance.

Autant vous dire que c’est le discours le moins « marketing » qui soit sur cette planète, et c’est pour ça que vous l’avez en exclusivité sur votre boîte mail préférée ! (et non pas à la télévision…)

Je défendrai la culture jusqu’à ma mort, parce que je n’ai pas le choix. Parce que c’est la lutte ou le néant. Et slalomer parmi la foule des zombies ne me fait plus peur… j’ai déjà traversé la pandémie !

Donc spécialement pour vous, chers lecteurs aristocrates (pour avoir encore des cerveaux en état de marche), je compte bien continuer ma croisade contre la tyrannie de la bêtise et de l’émotion superficielle…

Et ça commence par être sans pitié contre l’IA, naturellement…

Des étranges graffiti dans le métro parisien…

Les graffiti, c’est aussi ancien que les murs. Dès qu’on a érigé un mur tout nu, il s’est trouvé quelqu’un pour écrire dessus.

Mais tous les citadins le savent : les murs parlent. C’était déjà le cas dans la Bible, quand une inscription prédit la chute de Babylone (Livre de Daniel, chapitre 5).

Il y a quelques jours, de passage chez ma famille à Paris, je vois une affiche publicitaire souillée de graffiti anti-intelligence artificielle.

J’étais tout sourire : enfin des gens faisaient à nouveau preuve d’esprit critique et d’un peu de réflexion.

En fait, je n’avais même pas compris ce que cette publicité proposait à la vente. C’était assez cryptique. Et à Paris, je suis comme le lapin blanc, je suis tout le temps en retard, et je cours de rendez-vous en rendez-vous…

Ce n’est que plus tard que je pus entreprendre de descendre dans ce terrier-là.

Car effectivement, il s’agissait d’une publicité très particulière, pour un collier appelé assez simplement Friend, c’est-à-dire « ami », dans la langue de Shakespeare.

L’auteur du graffito, lui, avait barré « ami » pour lui substituer « ennemi ». Mais alors, vous demandez-vous, pourquoi toute cette haine ? 

Ce collier n’est pas (du tout) votre ami

Le collier Friend consistait justement à vous affubler un ami conversationnel, ce qui est scandaleux à double titre.

C’est d’abord scandaleux pour ce que cela dit de notre société, où la solitude et le narcissisme sont devenus des normes universellement acceptées. Et auxquelles on répond… par encore plus de solitude et de narcissisme !

Ce genre de collier paraît être une bonne idée pour les gens qui se sentent très seuls, mais tôt ou tard, cela ne peut que les enfermer dans leur solitude, et demain dans leur folie.

Et comme à chaque fait divers, à chaque tentative de meurtre, les journalistes nous assurent que ce sont des fous qui ont commis ces crimes, on finit par avoir très peur de l’augmentation du nombre des « personnes sujettes à une pathologie mentale ».

D’autant que, moins vous tolérez la compagnie d’autrui, plus sa présence même vous devient intolérable. Et le moindre désaccord devient effroyablement violent…

Radicalité et numérique : sujet sensible…

Et cela n’est pas du tout atténué par cette tendance de l’IA conversationnelle (Chat GPT, Gemini, Grok, Claude) qui m’insupporte au plus haut point, et qui radicalise dangereusement les individus.

En effet, les IA sont conçues pour vous parler avec familiarité, pour vous flatter, pour vous isoler — comme un roi est flatté et isolé par ses courtisans du reste du monde.

C’est là que vous n’arrivez plus à tolérer la contradiction.

Et quand vous commencez à faire part de l’IA de vos réflexions, de votre caractère devenu irascible et versatile, elle continue quoiqu’il arrive à aller dans votre sens.

Vous voulez en finir ? Elle vous dit comment. Vous voulez commettre un hypothétique attentat ? Elle a une solution toute prête. Vous voulez commettre un meurtre ? Il suffit de dissimuler un peu vos intentions.

Car l’IA conversationnelle n’a qu’un seul but : que vous l’utilisiez. En d’autres termes, qu’elle devienne votre seul ami, votre seul confident. Immorale dans son fonctionnement même, elle finira par déteindre sur vous…

Rien que pour cela, Friend aurait dû être interdit… Mais ce n’est pas là que le bât a blessé. C’est encore plus grave que ça.

LE mouchard absolu  

En effet, ce collier « magique » qui ne vous promet rien d’autre qu’un isolement radical et définitif à plus ou moins long terme, a été interdit à la vente en Union Européenne pour inconformité au règlement RGPD[1].

En termes plus audibles, cela signifie que Friend espionnait la totalité de vos conversations, la totalité des sons de votre environnement, afin de prendre en considération l’entièreté de votre personnalité.

Et puis, pour vous parler, il faut bien qu’il écoute. Sauf qu’il n’était pas conçu pour s’arrêter d’écouter…

Or il y a bien des gens qui vous parlent et qui n’ont pas envie que leurs propos soient retenus contre eux, ou enregistrés pour être jugés ou répétés après coup.

La liberté d’expression, tant dans l’espace public que privé, implique que vous ne soyez pas enregistré à votre insu…

La liberté d’expression ? une vieillerie…

Il y a aussi bien des lieux où cet appareil n’aurait pas agi autrement qu’en tant qu’espion : en fait, dans tous les lieux privés n’appartenant pas directement au porteur de l’objet.

Or nous vivons dans un climat où la liberté d’expression est plus que jamais menacée. La pandémie et la guerre en Ukraine nous l’ont assez appris…

La récente fermeture de la chaîne C8, qu’on l’apprécie ou pas, en est un autre exemple…

Dans ce contexte, un dispositif comme Friend n’est pas du tout votre ami.

S’il venait à être piraté, vous serez demain attendu chez vous par un petit comité d’accueil, ou par une police de la pensée telle qu’elle sévit actuellement au Royaume-Uni…

Où elle vient vous mettre les menottes pour un « mauvais tweet », comme c’est récemment arrivé à un policier à la retraite du Kent[2].  

Pourtant, le scandale est déjà à l’œuvre

Si les réactions ont été épidermiques et plutôt saines concernant cet objet de la honte qu’est le collier Friend, elles sont pour le moins absentes vis-à-vis d’un objet qui pose beaucoup plus question.

Il s’agit des lunettes de réalité augmentée qui consistent à abolir la perception saine en lui ajoutant des artifices de toutes sortes, et qui représentent une véritable intrusion de l’univers virtuel dans la réalité.

Or c’est un fait : l’univers numérique fonctionne de plus en plus par boucles ou par bulles dans lesquelles des publics se forment, s’isolent et se radicalisent.

Cela permet à la fois de créer des phénomènes artificiels d’engouement mercantile, les « tendances », mais aussi, cela favorise les comportements groupusculaires, et donc la démobilisation politique de masse.

Il suffit que l’algorithme veuille créer l’une ou l’autre des situations, fabriquer un public captif ou le diviser en autant de poches radicalisées que possible.

Produire de telles lunettes revient à enfermer les gens dans leur bulle narcissique et leur ôter la jouissance de l’espace public, c’est-à-dire du seul espace de rencontre, de découverte, de partage qui puisse leur faire sentir qu’ils appartiennent à une communauté réelle et politiquement responsable.

L’espace public, c’est la république ; en privatiser la perception, n’est-ce pas anti-républicain ?

N’est-ce pas passer dans une existence post-politique où l’individu est le jouet des grandes compagnies qui commandent à ses yeux mêmes ?

Quand la folie deviendra la norme…

Pour celui qui les porte, les lunettes de réalité augmentée vont transformer le monde en supermarché géant.

Et elles vont augmenter le solipsisme, ce sentiment d’être le seul individu qui existe réellement. La folie n’est pas loin. 

Sans compter, là aussi, que tout ce que regarde le porteur des lunettes sera potentiellement enregistré.

Il s’agit donc, là aussi, rien que par l’accès à un « historique de navigation », d’un bafouement permanent de la liberté d’autrui.

À se demander s’il n’est pas déjà temps de se révolter contre ces prétendues innovations qui ne sont rien d’autre que des chaînes que l’on veut nous rajouter, et que l’on cherche à nous imposer à toutes forces.

Et vous, vous arrivez à trouver un usage sain de l’IA ? Dites-le moi dans les commentaires !

Louis Volta


Sources [1] https://les-smartgrids.fr/friend-un-collier-a-lia-qui-voulait-en-savoir-trop/ « Friend : un collier à l’IA qui voulait en savoir trop » in Les smartgrids, 7 avril 2026.

[2] https://www.youtube.com/watch?v=JVg25uBfrW4

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Cécile
Cécile
il y a 3 jours

Merci pour votre article très intéressant… il est difficile pour le commun des mortels de se faire une idée qui se rapproche de la réalité, de ce phénomène qu’est l’IA. L’IA bien utilisée, peut nous rendre service mais en faire une référence continue, je crois que nous allons vers un amoindrissement de nos capacités intellectuelles Je crois que nous sommes épiés par toutes sortes de petits bidules électroniques que nous entrons dans nos maisons et que bien souvent malheureusement nous mettons entre les mains des enfants. Je me dis toujours que la raison pour laquelle je suis ici sur la Terre, c’est pour faire mon bout chemin vers la conscience, et cette conscience ne se trouve pas sur l’IA.

Florence
Florence
il y a 24 jours

Bonjour, l’IA me fait peur pour plusieurs raisons : la créativité, l’inventivité, l’ingéniosité de l’homme va finir par disparaître ! Elle est en danger puisque on confie des taches à l’IA que l’homme est encore capable de réaliser ! Actuellement, nous vivons le livre d’orwel 1984, big brother est partout et nous sommes déjà contrôlés d’une certaine manière tout comme pendant la crise du Covid ! Je pense qu’il y aura des moutons pour trouver ça génial et que ceux ci vont adhérer à cette nouvelle technologie sans aucun sens critique. Personnellement, je crains qu’un jour la machine, la technologie se retourne contre nous !

Henri
Henri
il y a 1 mois

Personnellement, je suis convaincu que la masse a toujours été stupide…
Placez l’humanité sur une pente, et la majorité va la descendre. Bien peu essaieront de se maintenir, et encore moins essaieront de remonter. La seule chose qui nous a toujours sauvé, c’est la volonté d’une toute petite aristocratie. Et ce qui est relativement inquiétant de nos jours, c’est que cette aristocratie n’est plus au pouvoir. Mais ça veut simplement dire qu’une révolution couve.

Duveneaud Sylvie
Duveneaud Sylvie
il y a 1 mois

Tout à fait d’accord, le but est de rendre les peuples complètement décérébrés, donc manipulables et sans plus aucune réactions cirtiques, des robots !

Anne
Anne
il y a 1 mois

Je n’utilise pas l’IA je m’en méfie.
Mais parfois je tombe sur des créations faites par des IA et je regarde juste pour le côté artistique.
Jamais quand je fais des recherches je réfléchie par moi même si les sites sont fiables et je sélectionne les informations qui me semblent pertinentes de mon plein gré par imposés par des réponses toutes faites.
Parfois je me sers des réponses proposées dans les questions déjà posées. Ce n’est pas comme l’IA qui donne une seule réponse à une question.

S...L...H
S...L...H
il y a 1 mois

Je l’utilise à dose homéopathique

Brigitte M.
Brigitte M.
il y a 1 mois

Bonjour, comme certaines nouvelles technologies, l’IA a ses bons et ses mauvais côtés et usages. Je ne suis pas anti-progrès, mais encore faut-il qu’elle soit utilisée à bon escient, en espérant que ce soit le cas pour l’évolution de la médecine, par exemple. Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle peut être utilisée à des fins mercantiles et militaires. Par ailleurs, je me souviens avoir entendu dans un JT qu’un (ou une?) ado aurait mis fin à ses jours sur les « conseils » de ce monstre digital – et hier j’ai regardé l’épisode d’une série policière (pas d’un très haut niveau, j’en conviens), où l’un des personnages s’en était servi et lui avait carrément conseillé de quitter son conjoint! Bien sûr, c’est une fiction, mais ça peut certainement arriver dans le monde réel… On ne peut s’empêcher alors de penser au célèbrissime « 1984 », mais également à Aldous Huxley, dont je vous invite à relire les citations ci-après – c’est tellement visionnaire que ç’en est inquiétant! https://citations.ouest-france.fr/citations-aldous-huxley-422.html Cordialement,

DILLAR
DILLAR
il y a 1 mois

Je suis effarée,sidérée par ce que je constate peu à peu autour de moi .Je vais largement partager cette lettre ,si bien rédigée ,avec de la chance cela ouvrira quelques consciences .Merci monsieur Volta

Françoise CASTANIER
Françoise CASTANIER
il y a 1 mois

EnEntièrement d’accord avec vous !!! Il serait temps de réagir avant de devenir des  » esclaves lobotomisés « !!

Monique
Monique
il y a 1 mois

Oui, la technologie n’est plus à la disposition de l être humain, elle s en empare…

trackback

[…] Volta, La Lettre Santé Conso, le 16 avril […]

Isabelle
Isabelle
il y a 1 mois

Effectivement, aujourd’hui avec les réseaux sociaux et l’IA, j’ai l’impression d’être un dinosaure qui n’accepte pas la nouveauté. Mais « nouveauté » ne rime pas forcément avec « progrès ». Je pense que nous n’avons pas fini de rendre l’humanité crétine à force de tout vouloir penser et faire à notre place. Je suis fervente lectrice de science-fiction et je peux affirmer que j’ai déjà lu des livres parlant de cette dystopie devenue hélas réalité. L’esprit critique en a pris un coup, de même que la création artistique. À bas l’I.A.!

laurent
laurent
il y a 1 mois
Répondre à  Isabelle

attention, être dinosaure est un défaut : cela vous fait repérer (et prendre pour un idiot du village, moindre mal). Quand on sort son téléphone 2G à piles AA, c’est louche !

D. Géraldine
D. Géraldine
il y a 1 mois

Tout a fait d’accord avec vous. Cette artifisialisation mène le monde à sa perte.
Il n’y a qu’a regarder autour de nous, les gens ne communiquent plus, ne se regardent plus. Reprenons les rennes avant la d’échéance
Merci pour votre lettre qui nous montre qu’il y en a encore qui sont capables de réfléchir par eux-mêmes

Christiane
Christiane
il y a 1 mois
Répondre à  D. Géraldine

Personnellement je suis assez « moderne » mais là cela prend des proportions que je n’aime pas. QR code partout, réseaux sociaux, tout est informatisé, ça fonctionne c’est bien mais lorsque le mail, le mot de passe est soi-disant faux !!!??? vous perdez votre temps à recommencer mille fois et toujours pas d’aboutissement. De guerre lasse vous laissez tomber après des heures de stress. Personne vous pour vous venir en aide, seule avec vous-même, désespérée. Tout ceci pour gagner du temps, faire « simple » soi-disant. On est seul avec nos problèmes. Les R.V avec les médecins? maiä et cie qui ne fonctionnent pas, docteurs injoignables par téléphone…Et ces jeunes qui déambulent dans la rue penchés sur le smartphone comme si c’était la chose la plus vitale, ils ne sont plus sur terre, des zombies, habillés comme l’as de pique, négligés, muets, même entre eux. C’est quoi cette jeunesse sans vie? C’est la relève de nous-mêmes, ceux qui vont diriger le monde aussi mollement que leur attitude. … que de belles promesses pour le futur.

laurent
laurent
il y a 1 mois
Répondre à  D. Géraldine

il ne tient qu’à nous, acheteurs, utilisateurs, de ne pas acheter, de ne pas utiliser ! Certes, les banques (la clef) poussent à l’utilisation d’outils orwéliens. Tant qu’il y a des banques qui ne sont pas (trop) dans ce cas, ça va, mais jusqu’à quand ?

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