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La papeterie, une (douce) folie

Chère lectrice, cher lecteur,

J’aime écrire et lire, sinon je ne ferais pas ce métier qui consiste à m’adresser à vous. Et naturellement, quand on aime écrire et lire, on aime bien dépenser de l’argent en papeterie.

Pourquoi ? C’est une vaste question. Par fétichisme, certainement. Parce qu’on s’imagine, quand on aime écrire, que l’on va ouvrir devant soi des horizons inconnus. 

C’est normal, après tout, de s’imaginer grand poète ou grand écrivain quand on ouvre un cahier qui nous plaît.

Et c’est tout aussi normal d’essayer de transmettre cette passion pour les enfants dès lors qu’ils doivent aller à l’école et utiliser ces outils pour apprendre.

En effet, quoi de mieux pour lire et écrire que de souligner la magie inhérente de ces outils pour le moins élémentaires !

Surtout que l’on n’a jamais aussi peu utilisé le papier pour le travail, et les Français lisent moins que jamais.

À se demander si les plaisirs papetiers de la rentrée ne relèveraient pas un peu du retour en enfance, à cette période de notre vie où tout était possible, voire à cette période de l’histoire où l’ordinateur n’avait pas rendu le monde si triste et terne…

Une seule exception pour toi, ma nièce !

Je dois vous dire que ma nièce, connaissant bien mes défauts, n’a cherché qu’une chose, tandis que je lui offrais à déjeuner : à m’emmener chez Légami.

Légami est le paradis papetier des petites filles, et visiblement, tout y est conçu pour leur donner envie d’écrire et de dessiner, et du même coup, pour vider le portefeuille de leurs parents.

Après tout, quoi de mieux pour faire dépenser les parents (et les oncles et tantes) que de leur donner bonne conscience : leurs chères têtes blondes deviendront des personnalités intelligentes !

Bien évidemment, quand nous offrons une trousse Légami à notre fille, à notre petite-fille ou à notre nièce, nous nous offrons par procuration de l’insouciance et de l’émerveillement, comme pour n’importe quel cadeau pour les enfants, mais aussi un monde, une dimension parallèle où les nécessités de l’existence (et leurs addictions numériques) n’existent pas…

Après tout, si elle est heureuse, autant lui laisser choisir un article. Un SEUL ! Ou deux…

Et puis, pour beaucoup d’autres affaires pratiques, les requêtes très précises des instituteurs et autres professeurs de collège nous pousseront dans d’autres rayons…

Et là, nécessité fera loi, foi de Louis Volta !

Mes références incontournables

Je dois vous dire que durant mes années d’école, j’ai à peu près tout eu. J’ai tout usé, j’ai tout essayé. J’ai même connu les stylos à plume avec cartouche, et oui, ceux-là même qui sont en train de revenir à la mode !

Si les enseignants de vos enfants ou de vos petits-enfants ne vous ont pas donné leurs exigences ultra-précises (il paraît que ça se fait encore), vous pouvez aborder sereinement la sainte trinité :

  •  Les cahiers Clairefontaine : chers, certes, mais remarquablement résistants. Même si une grosse partie de la production a été exportée au Maroc, ce qui me ferait préférer a priori d’autres marques françaises. Problème ? Tout ce qui est « Made in France » s’apparente désormais à du luxe. Et pour les classes qui précèdent le lycée, autant dire qu’il s’agit de confiture pour les cochons…
  • Les calepins Rhodia avec des croisillons d’un demi-centimètre. Parfaits pour s’émanciper des lignes, ils sont idéaux pour la prise de note. À recommander à mesure que votre enfant ou petit-enfant s’améliore dans la prise de note, donc à partir du lycée.
  • Privilégier le NYLON. C’est une croyance presque sacrée chez moi, mais que voulez-vous ? le nylon, ça résiste à tout. Et même si c’est plus cher, ça dure. Je ne suis pas étonné que le Eastpak « classique », qui était jadis la « Rolls » des sacs-à-dos quand j’étais élève, se soit désormais démocratisé. Pas très affriolant et donc plutôt délaissé dans les petites classes (où les filles affichent sans complexe leur goût du rose), il devient une valeur sûre à partir du collège, où il peut être « customisé » à l’aide de patchs, de broches et, malheureusement, de coups de feutre intempestifs…
  • Niveau stylo, je recommande toujours le V-Ball de chez Pilot, qui est une merveille de technique japonaise. 0,7 pour l’écriture (et pour être sûr de se relire passée la trentaine) ; 0,5 pour les corrections. Pour moi, c’est le meilleur rapport entre la fluidité de l’écriture et la quantité d’encre disponible. Pour les enfants, privilégiez du sûr et du pas cher : si le stylo plume n’est pas exigé (c’était le cas, jadis, dans certains établissements privés), le Bic reste la référence absolue. La marque, à présent dirigée par le néerlandais Rob Versloot, entend bien se renouveler, même si elle reste un standard en termes de solidité et d’efficacité. Je ne recommande toutefois pas le Bic 4 couleurs, hormis pour un usage marginal : il donne selon moi de mauvaises habitudes pour la prise en main.   

Et pour vous, alors ? Vous vous faites un peu plaisir ?

Est-ce que le rêve de papier ne doit s’adresser qu’aux enfants ? Certainement pas. D’autant que l’offre est plus que jamais pléthorique.

Alors bien sûr, vous pouvez aller faire un tour chez Hema ou chez Søstrene Grene, histoire de dépenser quelques sous sans trop y réfléchir. Mais vous le savez : même s’ils présentent bien, les articles de papeterie que vous y trouverez ne seront pas de grande qualité…

Par contre, c’est l’occasion ou jamais d’en acheter un peu plus pour les gamins, afin de les occuper sans les avoir nécessairement sur le dos. À eux la peinture pas cher et les cahiers qu’ils peuvent déchirer à loisir !

Cependant, j’ai tendance à me méfier des autres enseignes qui offrent du « pas cher du tout » : ce sont souvent des magasins de gadgets inutiles, et la plupart des produits sont d’une qualité fort basse.

En outre, les rayons poussent à la consommation de nourriture bien peu recommandable, comme les sucreries, que les enfants ne devraient jamais toucher…

Évitez donc ces magasins avec les bambins !

Le retour de la papeterie de qualité

J’ai été fort étonné, dernièrement, de voir l’ouverture de nouvelles papeteries qui proposent toute une offre alternative en termes de cahiers et de stylos qui, sans être trop haut de gamme, sont d’une qualité propre à être conservée des années durant.

J’ai notamment été étonné, récemment, par des cahiers qui se veulent artisanaux. Certains sont faits main en Europe, d’autres viennent du Népal, avec des particularités assez poussées : designs asymétriques, décorations qui se veulent uniques, clochettes et grigris…

Pour ma part, ayant un peu fréquenté le milieu de la reconstitution historique, j’ai vu qu’il y avait un véritable appétit pour le cahier « grimoire » avec des couvertures en cuir travaillé, voire même repoussé. Dans ce genre, le style ne vous coûtera pas bien cher, même si l’objet peut devenir lourd !

La tendance, désormais, n’est pas de posséder « l’objet luxe incontournable », comme les stylos Montblanc, par exemple. Mais de revenir à des marques classiques qui ajoutent une touche de personnalisation, comme Parker, Caran d’Ache, ou d’autres plus récentes.

Certes, la personnalisation est un argument de vente qui remonte au moins à l’âge d’or de la consommation (les années 60), mais il s’est beaucoup démocratisé dernièrement, et surtout, il prend une signification particulière désormais, avec cet essor étonnant et récent de la papeterie.

De la papeterie sort un être singulier (ou du moins qui croit l’être !)

En effet, retourner au cahier, au carnet, cela signifie faire un effort particulier pour coucher ses pensées (et ses idées) sur le papier. Cela signifie donner à sa personne une valeur un peu singulière.  

C’est une chose de se croire une merveille du monde, de prendre son corps pour un temple et de sacraliser la personne humaine, car c’en est une autre de confronter ses particularités à la feuille blanche, de travailler assez sur soi pour en tirer un résultat concret : une trace valable, potentiellement mémorable.

Alors, certes, on peut s’interroger sur la persistance de la figure mythique de l’écrivain à une époque où toutes les écritures se ressemblent, et où les maisons d’édition ne misent que sur la vulgarité comme dénominateur le plus commun du sentiment humain…

La préciosité de l’écriture ne serait-elle qu’un ultime fétiche de notre civilisation désenchantée et stérile ? Il faut croire que cela suffit à la maintenir dans l’imaginaire populaire…

Si seulement on pouvait à nouveau accepter qu’il y eût des écrivains ! Parce que les robots galants qui leur servent actuellement d’ersatz sont parfaitement remplaçables par l’intelligence artificielle.

Et l’on s’étonne encore que les ventes de livres baissent…

Et vous, quels sont vos choix papetiers pour cette rentrée ? J’ai hâte de vous lire,

Louis Volta

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1 Commentaire
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Claire
Claire
il y a 13 heures

Bonjour Louis, si vous me permettez,

J’ai apprécié votre billet de ce matin. Enfin, on sort du pessimisme auquel vous nous habituez un peu trop souvent !
Ici, c’est sympa, amusant, instructif aussi et je m’y reconnais etant moi-même de nature littéraire, aimant les cahiers, petits carnets, prises de note.
Il semble que je sois plus âgée que vous. J’ai connu le porteplume qui permettait de faire des pleins et des déliés. Cela donnait une écriture parfois incertaine aux enfants, mais en tout cas riche de caractère. On s’appliquait pour bien faire !!

Dans l’atmosphère ambiante où l’on devient presque infirme si on n’utilise pas les emoticônes, parler encore stylos et papier me fait un bien fou.
Pour autant, bien branchée sur notre monde, je ne boude pas le moyen informatique mais à des fins sages et utilitaires.

Merci donc de ne pas laisser tomber aux oubliettes notre précieuse écriture !
Claire

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